
Lorsqu’on jouit d’une pleine santé, on fait ses courses sans trop se poser de questions. Toutefois, lorsqu’on est soudainement atteint d’une déficience physique, la moindre commission au centre commercial peut devenir une véritable montagne. Avec leur projet de laboratoire vivant de réadaptation, les chercheurs du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain (CRIR) travaillent à optimiser l’environnement d’un centre commercial pour permettre aux gens atteints de déficiences de réaliser leurs activités.
« Après un accident, le patient reçoit des soins à l’hôpital, puis dans un centre de réadaptation. Il est bien entouré de professionnels de la santé, donc ça va. Mais lorsque la personne se retrouve à la maison, tout devient plus difficile », affirme Bonnie Swaine, professeure à l’École de réadaptation de la Faculté de médecine de l’UdeM et codirectrice scientifique du CRIR avec Eva Kehayia, professeure à l’École de physiothérapie et d’ergothérapie de l’Université McGill.
Une fois rentrées à la maison, ces personnes nouvellement atteintes de déficiences physiques réalisent aussi que leurs proches ne sont pas toujours disponibles pour les accompagner dans leurs courses.
« Plusieurs se retrouvent donc seuls. Ils se rendent compte que ce n’est pas si facile de poursuivre leurs activités avec leur handicap. Les commis des magasins ne savent souvent pas non plus comment répondre à leurs besoins. Plusieurs personnes aux prises avec des déficiences décident donc de rester chez elles, et cela a un impact important sur leur vie sociale », affirme Mme Swaine.
Par exemple, certains ne peuvent plus aller prendre un café au centre commercial parce que les tables ne sont pas adaptées à leur fauteuil roulant. D’autres portent un appareil auditif, mais ils trouvent qu’il y a trop de bruit dans ces endroits achalandés et ils ont peur de ne pas comprendre un message à l’interphone en cas d’urgence. D’autres encore oublient systématiquement ce qu’ils devaient acheter une fois rendus sur place.
Pour essayer de trouver des solutions, le CRIR, plus grand centre de recherche en réadaptation au Canada, a déposé son projet au Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ). Le CRIR a obtenu 350 000 $ pour une première année de travail. L’équipe souhaite obtenir la même somme pour trois autres années afin de terminer le projet.
L’aménagement
Le propriétaire du centre commercial Place Alexis Nihon, à Montréal, a accepté de se prêter au jeu des chercheurs. Plusieurs types de solutions seront envisagés, dont certaines touchent à l’aménagement.
« Nous étudions par exemple les meilleures couleurs à choisir pour les murs et pour les marches, pour qu’il y ait un bon contraste. Nous voulons ainsi éviter les chutes. Nous considérons également la lumière. Les ascenseurs aussi sont importants. Ils doivent être bien visibles », indique Mme Swaine.
Dix projets-pilotes sont en cours, mais d’autres pourraient voir le jour grâce aux travaux de Bonnie Swaine et de Tiiu Poldma, professeure à l’École de design industriel de l’UdeM.
« Nous souhaitons reconnaître les éléments facilitateurs et les obstacles aux visites au centre commercial des gens ayant des déficiences physiques. Nous désirons mieux comprendre ce qui fait en sorte que ces personnes vont au centre commercial ou qu’elles n’y vont pas. Nous voulons savoir quel est leur mail idéal. Nous souhaitons aussi déterminer si le fait d’aller au centre commercial est important dans leur vie et pourquoi. Ces réponses nous aideront à penser à des améliorations pertinentes», explique Mme Swaine.
Autres pistes de solutions
Plusieurs technologies peuvent être envisagées pour aider les personnes atteintes d’une déficience à fonctionner dans la société.
« Par exemple, un de nos projets sera de mettre au point des fauteuils roulants intelligents, indique Bonnie Swaine. L’équipe travaillera avec un plan de la disposition des magasins de Place Alexis Nihon. L’idée, c’est que la personne pourra appuyer sur un bouton pour dire dans quel magasin elle souhaite se rendre. Le fauteuil pourra y aller tout seul en évitant les obstacles. Cela rendra les magasins beaucoup plus accessibles. »
Une autre équipe travaillera à concevoir un agenda électronique particulier pour les gens souffrant de troubles de mémoire. Des chercheurs se pencheront également sur la pertinence de former les accompagnateurs de ces personnes.
« Par exemple, comment accompagner efficacement une personne qui a vécu un trauma crânien? Nous souhaitons mesurer l’efficacité des formations dans le domaine. Les personnes ayant une déficience sont-elles plus heureuses de faire leurs courses si leur accompagnateur est bien formé? Vont-elles aller plus souvent au centre commercial?», se questionne la chercheuse.
Les mouvements des foules seront aussi étudiés. « Des chercheurs se pencheront sur les dynamiques de groupe pour aider les gens atteints de déficiences à se déplacer dans les centres commerciaux bondés. Ce n’est pas évident lorsqu’on souffre d’un problème d’équilibre, par exemple », affirme Mme Swaine.
Pour une adoption généralisée des découvertes
La quarantaine de chercheurs du CRIR espère que les produits conçus dans le cadre de ce projet seront mis en marché et que les professionnels de la santé utiliseront les approches élaborées. En ce qui a trait aux solutions d’aménagement, certaines devraient être réalisées à la Place Alexis Nihon.
« Le propriétaire a fait une pause dans ses projets de rénovation pour attendre les recommandations que nous ferons en fonction de son budget pour ce poste », précise Bonnie Swaine.
Les chercheurs souhaitent que leurs solutions soient également adoptées par d’autres centres commerciaux.
« L’accessibilité, ce n’est pas juste une question de largeur de portes, précise Mme Swaine. Il y a plusieurs volets physiques et sociaux à considérer. Ce n’est pas seulement aux gens atteints de déficiences à s’adapter. La société aussi doit le faire pour mieux inclure ces personnes. »
Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain ›››
