
5h03 Je suis assis à bord d’un autobus, entouré de 30 yeux bouffis à moitié ouverts ou plutôt, à cette heure, à moitié fermés. Quelques instants plus tard, le Dr Stanley Vollant, responsable du volet autochtone à la Faculté de médecine, entre avec son énergie habituelle. Selon moi, il revient de son jogging matinal, car ses yeux sont grand ouverts et brillent d’espoir. Aussitôt le matériel de simulation ramassé, nous voilà en route pour Manawan, où nous initierons, en compagnie de professeurs de la Faculté, des élèves du primaire et du secondaire à la médecine et irons également rencontrer les membres de la communauté.
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6h33 Je me réveille en sursaut, après un somme plutôt mouvementé à saliver contre la fenêtre de l’autobus. La raison? Nous venons d’entrer dans le dernier droit de la route pour Manawan, soit environ deux heures et demie de route dans le bois. Par route, vous comprendrez que c’est une hyperbole, car ce sont plutôt des nids de poule, presque aussi redoutables que ceux de Montréal, sur lesquels on a bâti un chemin.
9h17 Arrivée à Manawan. Un choc. Oui oui, je m’y attendais, je pensais m’être préparé. Manawan, après une première impression, c’est de la pollution, des chiens et des pick-ups. À ce moment, je vous avoue que j’ai peur de revenir désillusionné, avec un sentiment d’impuissance, touché au cœur de ma sensibilité…

9h22 Deuxième impression de Manawan: le sourire des gens, un sourire d’enfant qui vous fait oublier tout autour, un sourire de passant dénué de toute méfiance, un sourire qui dit: «Bienvenue, vous n’oublierez pas votre passage de sitôt.» Un sourire comme on n’en voit pas à Montréal, du moins pas aussi spontanément.


9h47 Me voilà au beau milieu d’un groupe d’enfants d’âge primaire à leur montrer à quoi servent mes instruments médicaux. À ce moment, je dois admettre que j’ai perdu la moitié de mes instruments un peu partout dans la salle et que c’est le moindre de mes soucis, car j’ai en face de moi un enfant qui écoute mon cœur à l’aide de mon stéthoscope. Et je peux vous garantir qu’il entend vraiment le son, par le sourire qui illumine soudainement son visage. Des sourires comme celui-ci, nous en avons tout l’avant-midi, ponctués ici et là de rires cristallins. Sommes-nous venus pour aider ces gens, pour allumer en eux l’étincelle de la passion? Oui, mais c’est mon cœur d’enfant que je retrouve à Manawan.




10h34 Nous sommes maintenant dans le gymnase de l’école secondaire. Nous avons hâte, mais aussi peur de ce moment: les adolescents en groupe, ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile à faire sourire. Mais je suis surpris de l’intérêt qu’ils portent aux divers kiosques que nous avons montés. Bien sûr, ils sont un peu difficiles d’approche, mais une fois les premiers moments passés, des questions, toutes très allumées, fusent de toutes parts: des questions autant sur l’atelier lui-même que sur la médecine en général. C’est particulièrement stimulant. À ce moment, je suis fier de faire partie de cette faculté et de côtoyer des gens qui ont fait de ce projet une réalité.


11h49 C’est à ce moment de ma vie que je comprends pleinement le sens du mot hospitalité. Devant mes yeux, des gens de la communauté mettent en place notre repas, que dis-je, notre festin. Nous avons droit à un succulent repas de nourriture traditionnelle atikamekw et ils font même un tirage de pièces artisanales. Wow!




13h27 Je suis assis dans une salle avec quelques jeunes et j’écoute ma collègue qui parle de condoms, d’infections transmissibles par le sang et le sperme, de santé sexuelle. Autour de moi, je vois des jeunes qui participent, qui répondent aux questions et qui en soulèvent d’autres. Loin d’être gênés, ils collaborent avec une énergie manifeste.



17h46 Encore une fois un festin, encore plus grandiose que celui du midi. Il consiste en un pot-luck de mets atikamekws apportés par les habitants du village. Mes collègues sont un peu partout dans la salle, à discuter ouvertement avec les gens de la place, à s’enquérir de la culture, des problèmes propres aux autochtones, des solutions explorées à Manawan, du système de santé et d’éducation instaurés à Manawan.


19h24 C’est l’heure du départ, j’ai le cœur gros à la vue de la foule qui nous fait des signes de la main et des enfants qui courent derrière l’autobus. Décidément, la richesse est dans le cœur de ces gens. Je pense que cette journée est réussie. Nous avons réussi à éclairer le visage de plusieurs enfants et, je l’espère, à leur accrocher de l’espoir au cœur. Mais surtout, nous avons tous beaucoup appris et nous en sommes ressortis avec une volonté d’aider ce peuple.


Bonjour à tous!
C’est une réalisation exceptionnelle. La Santé de nos Premières Nations est parfois en péril, comme je le vis lors que je travaille dans des régions éloignées du Canada. Il faut agir tôt pour leur faire comprendre les enjeux de santé. Qui plus est, je crois que c’est exceptionnel de s’engager pour accroître le nombre d’individus qui deviendront médecins au sein même des Premières Nations.
Excellent!
Stéphane
Bonjour,
Je suis tellement ravi et séduit par cette activité tout à fait hors de l’ordinaire. Le médecin de la faculté de médecine de l’UDM, un leader engagé dans sa communauté, c’est dans des activités semblables qu’on le reconnaît et qu’on le reconnaîtra de plus en plus car nous nous engageons dans ce chemin. L’arrimage avec les besoins sociétaux sera l’un de nos piliers centraux pour notre transformation de notre programme MD.
Je félicite chaleureusement le docteur Stanley Vollant pour cette initiative. Je remercie les étudiants et les professeurs qui y ont consacré leur journée. Il s’agit d’un premier pas d’un long parcours que nous parcourrons ensemble.
La santé de nos concitoyens nous tient tous à coeur, tant les étudiants que la faculté.
Christian Bourdy