Cinq gringos dans l’Amazone

19 octobre 2010
Le service d'obstrétique-gynécologie de l'hôpital d'Iquitos

La jungle amazonienne, ça vous dit quelque chose? Vous savez, cette étendue de nature en Amérique du Sud où des perroquets s’envolent et des petits singes se balancent aux branches? Bon, j’exagère un tantinet, car en camping dans la jungle je vous aurais plutôt parlé, en étant un peu moins poétique, d’un monde de moustiques et d’araignées. Mais tout ça pour vous dire que c’est dans cet univers idyllique et parfois surprenant que j’ai décidé de me perdre l’été passé, question de changer un peu de paysage et de réalité culturelle. Grâce aux stages SCOI (Standing Committee on Initiative) d’IFMSA-Québec, je me suis envolée le lendemain de mon dernier examen de ma première année de préclinique pour le Pérou! Pas question de perdre un instant de mon précieux été! En route vers l’Amérique du Sud, la jungle et les cités d’or! À moi le grand condor 😉

J’ai donc participé au projet Iquitos, Iquitos étant la plus grande ville au monde uniquement accessible par bateau ou par avion. On pense automatiquement à un trou perdu dans l’isolement total. Je ne vous blâme pas, cette idée ayant déjà traversé mon esprit. Cependant, Iquitos est une très grande ville très développée avec un hôpital qui m’a véritablement impressionnée.

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Je pourrais vous écrire des pages entières sur l’expérience culturelle incroyable que j’ai vécue, sur ma famille d’accueil dévouée, sur les amis que je me suis faits là-bas, sur la culture hispanique, sur mon anniversaire célébré à la péruvienne, sur le Machu Picchu et toutes les randonnées que j’ai faites après mon mois à Iquitos, mais je vais plutôt m’en tenir à la partie stage et à ce que cela m’a apporté. Je dis stage et j’entends par là ce que j’ai véritablement fait, soit un stage d’observation clinique avec un volet projet personnel. Malgré ce que plusieurs pourront dire ou penser, malgré toutes les terminologies possibles et les écoles de pensée, je sais que je ne suis en rien allée faire de l’aide humanitaire ou peu importe ce que vous voudrez. J’ai fait un mois d’observation dans quatre différents services (médecine interne, néonatalogie, chirurgie et obstétrique-gynécologie) de l’hôpital d’Iquitos et j’ai participé à des projets de sensibilisation locale (cliniques mobiles pour quartiers défavorisés et présentation à des enfants sur l’hygiène de base dans des villages isolés). Point. Je n’ai pas sauvé le Pérou ni réformé leur système de santé. Je ne sais même pas si je peux aller jusqu’à dire que j’ai été une goutte d’eau dans l’océan.

Est-ce que j’ai donné? Est-ce que j’ai pris? Est-ce que j’ai reçu? Ce sont là une série de questions très pertinentes. Généralement, on tente de ne rien prendre, on voudrait être capable de donner tout ce qu’on a et on finit souvent par uniquement recevoir énormément.

Pour recevoir, j’ai reçu! Je connais maintenant la réalité de jeunes étudiants en médecine qui ont sensiblement les mêmes préoccupations que moi, mais dans un milieu différent avec des complexités autres. De rencontrer en quelque sorte nos homonymes dans un autre pays nous fait soudainement sentir beaucoup moins loin de tout ça et fait tomber les barrières. Tout est devenu moins abstrait et je pense que cela a contribué à être plus touchée par leur réalité. Ils ont des problèmes d’accès aux soins de santé, des problèmes de ségrégation de leurs populations autochtones, des problèmes de contrôle de maladies tropicales et infectieuses (entre autres la malaria, la fièvre dengue, la tuberculose et le VIH/SIDA). Certains sujets ne nous sont pas inconnus, alors que d’autres nous plongent dans un tout autre univers. J’ai rencontré et vécu avec des gens ayant beaucoup moins de moyens que moi et ayant, même si cela est très triste à formuler, beaucoup moins de droits que moi. Des gens n’ayant pas droit à des soins de santé gratuits, à des médicaments, à l’avortement, au respect que l’on donne ici à nos patients, à la liberté d’expression que nous pouvons avoir au Canada… Des gens qui sont malades parce qu’ils sont pauvres. Des gens qui sont comme moi à la base.

Beaucoup de constatations et peu d’action vous me direz? Effectivement, mais je pense qu’il faut comprendre pour être en mesure d’agir. Pour pouvoir passer à l’étape de donner, car donner reste toujours relatif, il faut comprendre à qui on donne, ce dont ils ont véritablement besoin et surtout s’ils ont envie de recevoir de nous. Je ne peux affirmer être maintenant en mesure de saisir le peuple péruvien d’Iquitos dans toute sa complexité, mais je peux dire que je comprends déjà un tout petit peu mieux leur mentalité, leur réalité, leurs besoins, leur langue, leur tradition et leur environnement. Je pense que tous ces éléments ne peuvent qu’être des outils pour l’avenir, dans l’éventualité où je pourrais travailler avec eux au Pérou.

Ce que je retiens de mon stage en Amérique du Sud, ce sont des outils pour l’avenir et une compréhension/exposition à une autre culture. Je sais également que je serais heureuse de pouvoir travailler dans ce milieu. D’avoir répondu à toutes ces interrogations constituent un pas de géant dans la définition de ma future pratique médicale au Canada, comme à l’international. C’est ce qui fait qu’en fin de compte, j’ai apprécié mon expérience là-bas.

Je vous laisse sur une chanson qui a bercé notre été 😉 ! À télécharger : Te amo de Makano!

Si vous avez envie d’en savoir plus ou si vous êtes intéressé par un stage SCOI, n’hésitez pas à me contacter! Il me fera extrêmement plaisir d’en discuter avec vous.

Source: Journal Le Pouls, Octobre 2010