Les patients, ces nouveaux partenaires de la santé

7 décembre 2010
Andrée Boucher, Vincent Dumez et Paule Lebel

En étant attentif non seulement à la maladie, mais à la situation particulière du patient qui le consulte, le médecin lui confère un rôle de bras droit puisqu’il l’aide… à l’aider. Si bien que ce patient partenaire sera intégré à l’équipe médicale chargée de lui prodiguer des soins au même titre que tous les professionnels qui la composent.

C’est l’objectif que s’est fixé la Faculté de médecine de l’UdeM alors qu’elle entreprend un important virage patient visant à changer les mentalités non seulement dans l’univers des professionnels en soins, mais également dans celui des personnes qui en bénéficient.

S’agit-il d’un sportif, d’une mère monoparentale ou encore d’une personne en fin de vie? Avant d’essayer de traiter ou de guérir la pathologie d’un malade, le médecin doit d’abord se préoccuper de l’individu qui en est affligé. Selon le concept du patient partenaire, les soins qu’il lui prodiguera seront non seulement taillés sur mesure, mais adaptés au mode de vie du patient afin qu’il devienne le principal acteur des décisions médicales le concernant.

Élémentaire? « Non! La dimension humaine est souvent évacuée des soins, s’exclame d’entrée de jeu Vincent Dumez, directeur du tout nouveau Bureau facultaire d’expertise patient partenaire. Actuellement, dans le système de santé, le patient est plutôt passif et considéré comme un simple usager », poursuit celui qui fréquente les établissements de santé depuis qu’il est au berceau.

Atteint d’hémophilie, M. Dumez a appris à 15 ans que son sang avait été contaminé par transfusion sanguine. Comme il est porteur du VIH et de l’hépatite C, l’hôpital devient pour lui sa seconde maison et les équipes de soins, sa deuxième famille. Et si demain il doit se rendre à l’urgence et consulter un médecin qui ne connaît pas ses antécédents médicaux, celui-ci a intérêt à l’écouter, sinon le moindre faux pas peut lui être fatal.

Bien que le professionnel en santé soit l'expert et qu'il propose les meilleures approches, l'intervention appartient au patient.

L’exemple est extrême, mais il illustre bien le rôle actif que la Faculté de médecine veut faire jouer au patient dès qu’il consulte un spécialiste des soins. La communication entre le patient et les intervenants doit se faire dans les deux sens. Le directeur du programme de physiothérapie, Robert Forget, résume : « Le professionnel en santé doit cesser d’être seul à décider unilatéralement! Bien qu’il soit l’expert et qu’il propose les meilleures approches, l’intervention appartient au patient », affirme-t-il.

Lorsqu’il est question de réadaptation, seuls des efforts concertés entre le patient et son spécialiste produiront des fruits. L’idée du partenariat est en quelque sorte inhérente en physiothérapie. « Si quelqu’un vient consulter un physiothérapeute pour une entorse, il ne sera pas guéri après une séance de physio. Il devra aussi prendre en charge son programme à la maison, soit mettre de la glace, appliquer de la chaleur, faire les exercices prescrits, etc. », illustre M. Forget.

Un patient impliqué

Spécialiste en santé communautaire, la directrice du pôle pédagogie et innovation du Centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé (CPASS), Paule Lebel, a été témoin dans sa pratique en gériatrie de situations où les désirs et les besoins ressentis par la personne âgée n’étaient tout simplement pas pris en considération.

« Les professionnels déterminent des objectifs pour les patients sans savoir ce que ceux-ci souhaitent vraiment », déplore celle qui est considérée comme l’une des instigatrices du changement de cap qu’a pris la Faculté. « Lorsqu’il s’agit de personnes âgées, les médecins et les autres professionnels de la santé ont tendance à se tourner vers les proches pour élaborer un plan d’intervention. Si une dame âgée lucide souffre d’insuffisance cardiaque grave et qu’elle choisit de demeurer à la maison avec les risques que ça comporte, c’est à l’équipe de soins de s’adapter à la situation », soutient-elle.

« Une maman atteinte du cancer choisira peut-être d’être traitée plus près de chez elle pour rester auprès de ses enfants. Il se peut que ce milieu clinique n’offre pas toutes les expertises de pointe et les traitements optimaux, mais pour elle, ce sera la meilleure solution », explique Paule Lebel.

Vincent Dumez a déjà cessé de prendre ses médicaments contre le VIH tant ceux-ci avaient un impact négatif sur sa qualité de vie. « Il faut changer de perspective, ne plus chercher à tout prix à guérir une pathologie, mais plutôt à soulager le patient en tenant compte de son contexte de vie », dit celui dont on a prédit le décès imminent à plusieurs reprises. M. Dumez croit que la seule avenue possible est celle de la responsabilisation du patient, qui partagera également les risques liés aux décisions à la lumière des explications et des conseils de son médecin.

Impliqué, le patient abordera sa maladie d’un tout autre œil. Ce sentiment de maîtrise aura des répercussions importantes sur le processus de guérison, croit M. Dumez, qui est la preuve vivante que cela peut produire des résultats inespérés.

Pour en arriver là, les professionnels de la santé doivent fournir au patient les outils nécessaires afin qu’il connaisse l’éventail des traitements possibles. Les futurs médecins doivent donc apprendre à collaborer et à communiquer avec leurs collègues d’autres disciplines, deux compétences d’ailleurs déjà inscrites dans le curriculum d’étude de la Faculté de médecine, selon Andrée Boucher, vice-doyenne à la pédagogie et au développement professionnel continu de la Faculté.

« Il faut s’assurer que le patient a compris ce qui lui arrive et que l’on a répondu à toutes ses questions », explique celle qui travaille étroitement avec les responsables des différents programmes de la Faculté à transformer les cursus de formation pour habiliter les futurs professionnels à mieux répondre aux besoins des patients.

Par exemple, certains patients, très au fait de leur situation médicale, seront mis à contribution. Ces patients experts formeront et évalueront les étudiants sur leurs compétences liées à la communication avec les patients et à l’établissement de plans d’intervention concertés.

Mieux informés de leur état de santé, les patients auront moins tendance à se diriger vers l’hôpital au moindre éternuement. Ultimement, cela aurait pour effet de contribuer au désengorgement du réseau de la santé, prédit Vincent Dumez.

Et si l’Université a le pouvoir, par le biais de ses programmes de formation et de différentes initiatives, de former des professionnels de soins plus axés sur les patients, ceux-ci doivent aussi contribuer au modèle du partenariat.

Et pour leur donner un coup de pouce, la Faculté de médecine a non seulement mis sur pied un bureau sur l’expertise patient partenaire, mais également une chaire de recherche sur cette thématique. Un centre de formation pour les patients et de formateurs de patient verra même le jour.

« La population attend ce changement de culture, conclut Andrée Boucher. Et elle souhaite prendre en charge sa santé. »

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Commentaires

  1. Tout ce qui va dans la responsabilisation du malade et de la découverte de son pouvoir dans sa propre guérison est une avancée dans la compréhension de la maladie et de ses causes réelles.Bravo pour cette initiative de conscientisation et de responsabilisation.

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