
Des résidents d’HLM mettant en scène, dans une pièce de théâtre, les préjugés de la population à l’égard de ceux qui vivent dans la pauvreté ; des jeunes ayant vécu l’expérience de la rue et aidant leurs pairs en détresse ; un projet de création d’une maison de la famille pour aider les parents à faible revenu avec de jeunes enfants ; voilà quelques-unes des retombées des liens entre chercheurs, professionnels et communautés au CSSS Jeanne-Mance. La réunion des expertises diverses prend ici tout son sens.
En effet, au CSSS Jeanne- Mance, désigné centre affilié universitaire (CAU), le « cadre stratégique » vient renforcer une collaboration déjà fructueuse entre les multiples intervenants. Car la présence de la recherche dans un milieu de pratique fait partie des moeurs depuis quelques années déjà.
« L’idée des CAU est assez radicale quand on y pense, signale Christopher McAll, directeur scientifique du CSSS Jeanne-Mance et professeur de sociologie à la Faculté des arts et des sciences de l’UdeM, car on s’attend à ce que les chercheurs soient ici, au CSSS, et travaillent avec les intervenants. Le savoir du chercheur est un complément de celui des intervenants et des populations. » Le chercheur doit-il posséder des qualités précises ?
« Le chercheur doit surtout être prêt à prendre le risque de sortir de son milieu universitaire et à être confronté à l’engagement social des intervenants », ajoute Christopher McAll. En d’autres termes, la neutralité du chercheur fait place à une forme d’engagement, ce qui, bien entendu, n’enlève rien à la rigueur des études.
Pour être conformes à leur mandat, les CAU doivent former une véritable équipe de recherche, constituée d’au moins trois chercheurs universitaires et un certain nombre d’intervenants du CSSS, dégagés de leurs tâches afin de travailler avec ces chercheurs. L’équipe du CSSS Jeanne- Mance compte huit praticienschercheurs et cinq chercheurs universitaires.
Le CAU a donc créé, en partenariat avec l’UdeM, le Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté. Ce grand thème, particulièrement approprié pour un territoire marqué par les inégalités sociales, déteint sur l’ensemble des recherches en cours au CSSS Jeanne-Mance.
Par exemple, un groupe travaille actuellement sur les liens entre la discrimination à l’aide sociale et le risque d’itinérance. Des entrevues sont conduites avec des prestataires de l’aide sociale et des personnes itinérantes, et des liens sont établis entre les deux groupes. Par ailleurs, l’équipe a accès, sur place, aux archives du CSSS, ce qui facilite d’autant le travail.
Le CSSS est actif en recherche, mais l’enseignement n’est pas laissé-pour-compte. Christine Brassard, coordonnatrice de l’enseignement et de la recherche à ce CSSS, rappelle que, pour l’année universitaire qui vient de prendre fin, 1125 stagiaires, représentant 4560 jours/stages, sont passés par le CSSS Jeanne- Mance ; celui-ci dispose notamment d’une unité de médecine familiale qui forme résidents et externes. Les étudiants de l’Université ont rempli plus des deux tiers des jours/stages de ce CSSS.
