Quand les chercheurs s’engagent dans la communauté

1 juin 2006
Christine Colin

La vice-doyenne en santé publique, sciences de la santé et relations internationales de la Faculté, Christine Colin, a toutes les raisons de sourire : après cinq ans et de nombreuses embûches, le groupe de travail qu’elle copréside vient d’arrêter une stratégie de partenariat novatrice pour l’Université de Montréal et ses huit centres de santé et de services sociaux affiliés (CSSS). L’entente conclue devrait donner une nouvelle impulsion à la recherche en santé et en services sociaux de première ligne.

« Je crois que cet axe de recherche est essentiel pour le système de santé et j’aimerais qu’il soit aussi connu que ce qui se fait dans les hôpitaux. Après tout, nous parlons de problématiques sociales et de santé majeures ainsi que de services publics importants », souligne la vice-doyenne en entrevue. Pauvreté, santé des adolescents, maladies chroniques et exclusion des personnes âgées, violence conjugale, toxicomanie, les thèmes de recherche ne manquent pas.

De nombreuses collaborations existent déjà en enseignement entre l’Université et les CSSS affiliés, mais il n’y avait pas de cadre officiel pour mener les projets de recherche communs. Désormais, les uns et les autres bénéficieront d’une nouvelle entente de partenariat et de collaboration qui assurera notamment aux intervenants en santé et en services sociaux une participation réelle au processus de recherche. Quant aux chercheurs universitaires, « c’est un peu comme si l’on créait à leur intention des laboratoires de recherche dans la communauté » qui favoriseront la présence des étudiants d’une part, le développement, la valorisation et le transfert des connaissances d’autre part.

Christine Colin a coprésidé le comité de travail avec Joëlle Khalfa, directrice générale du CLSC René-Cassin, puis avec Chantale Lapointe, directrice générale du CSSS Jeanne-Mance. À la Faculté de médecine, plusieurs collègues, dont Marie- Dominique Beaulieu et François Lehmann, directeurs successifs du Département de médecine familiale, ont fourni une contribution soutenue au projet, qui a aussi profité de la collaboration de Paul Lamarche, directeur du Groupe de recherche interdisciplinaire en santé. À l’Université de Montréal, le vice-rectorat à la recherche, la Faculté des arts et des sciences (FAS) et la Faculté des sciences infirmières (FSI) ont participé très activement au projet par l’entremise de leurs représentants : Réal Lallier, vice-recteur adjoint à la recherche, Andrée Demers, directrice du Groupe de recherche sur les aspects sociaux de la santé et de la prévention, les vice-doyennes successives de la FAS Maryse Rinfret- Raynor et Sylvie Normandeau, et Louise Bérubé, directrice de la recherche à la FSI.

Quand elle s’est vu confier le projet par le vice-recteur à la recherche Alain Caillé en 2001, Christine Colin était la personne toute désignée pour le mener à bien puisqu’elle s’intéresse depuis longtemps à l’intervention en prévention et promotion de la santé des centres locaux de services communautaires (CLSC), maintenant intégrés aux CSSS. Il y a 15 ans, alors qu’elle était directrice du service de santé communautaire de l’Hôpital Maisonneuve- Rosemont, elle a conçu et mis en place avec les CLSC de l’est de Montréal le programme Naître égaux : grandir en santé auprès des femmes enceintes de milieux défavorisés. Déjà, elle insistait sur la nécessité pour la femme enceinte de nouer un lien privilégié avec un intervenant (par opposition à plusieurs intervenants qui la connaissent plus ou moins bien) au sein d’équipes multidisciplinaires dans un programme de prévention structuré en lien avec la communauté. Ce programme est maintenant offert par les CLSC de tout le Québec.

À la Faculté de médecine, en plus du Département de médecine familiale, plusieurs secteurs contribuent à la recherche de première ligne en santé : les secteurs de la santé publique et des sciences de la santé, soit les départements d’administration de la santé, de médecine sociale et préventive, de santé environnementale et santé au travail, de nutrition ainsi que les écoles de réadaptation et d’orthophonie et d’audiologie.

Par ailleurs, sur les huit CSSS du projet, quatre ont été désignés centres affiliés universitaires par le ministère de la Santé et des Services sociaux et bénéficient d’un centre de recherche : le CSSS de Bordeaux-Cartierville–Saint-Laurent met l’accent sur l’organisation des services à la famille dans une perspective intergénérationnelle ; le CSSS Cavendish sur la gérontologie sociale, le CSSS Jeanne-Mance sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté et le CSSS de la Montagne sur les services en milieu pluriethnique. Les quatre autres CSSS, d’Ahuntsic et Montréal-Nord, Champlain, de la Pointe-de-l’Île et de Laval, sont aussi activement engagés en recherche.

Et l’argent dans tout ça ?

Pour mener à terme ses travaux, le Comité paritaire Université de Montréal-CSSS affiliés pour le développement d’un partenariat de recherche en santé et services sociaux de première ligne a obtenu dès l’automne 2001 une subvention de Valorisation- Recherche Québec (et un financement de contrepartie du vice-rectorat à la recherche et des CLSC affiliés). D’ailleurs, à tous égards, les objectifs de ce comité rejoignent ceux des organismes subventionnaires tant à Québec qu’à Ottawa. La multidisciplinarité des équipes de recherche autant que les retombées des recherches dans la société constituent désormais des critères essentiels dans l’attribution de subventions à la recherche. Qui plus est, les Instituts de recherche en santé du Canada n’insistent-ils pas sur la santé des populations ?

À l’automne 2005, alors que la fin de ses travaux approchait, le Comité paritaire a lancé une offre de financement pour le soutien à l’élaboration de projets de recherche en santé et en services sociaux. Sept projets ont été retenus. L’argent versé a permis de préparer des dossiers qui seront envoyés aux organismes subventionnaires dans le cadre de leurs différents appels d’offres ; on espère ainsi que ces projets verront le jour grâce à leur financement. Deux des projets choisis proviennent de la Faculté de médecine : l’un a été soumis par Angèle Bilodeau, professeure de clinique (Médecine sociale et préventive), qui propose une recherche-intervention autour du projet Un milieu ouvert sur ses écoles ; l’autre est de Louise Potvin, professeure titulaire (Médecine sociale et préventive), et porte sur l’étude du processus d’harmonisation des approches et pratiques de développement social réalisées en CLSC avec les partenaires représentant la communauté. Ces recherches seraient effectuées respectivement avec les CSSS de Bordeaux- Cartierville–Saint-Laurent et d’Ahuntsic et Montréal-Nord.

Bref, au-delà de ces premiers projets, le travail commun Université-CSSS affiliés redéfinit un partenariat structuré et égalitaire qui permet d’envisager la réalisation de beaucoup d’études pour beaucoup de monde. Avec, en bout de ligne, l’espoir que des individus vivront mieux.