
« En mai dernier, avant même d’avoir terminé leur dernier stage, la moitié de nos étudiants avaient déjà trouvé un emploi dans leur discipline », lance Chantal Besner, directrice de l’enseignement clinique en physiothérapie à l’École de réadaptation.
Ce succès, elle l’attribue aux grands besoins en main-d’œuvre spécialisée du système de santé québécois, mais aussi à la qualité de la formation à la Faculté de médecine. Et comme c’est en forgeant qu’on devient forgeron, la formation pratique tient un rôle de premier plan dans les programmes de premier cycle. « Les types de stages doivent être variés, car, lorsqu’ils ont leur baccalauréat en main, les étudiants doivent être capables de travailler dans tous les milieux où la profession est exercée », déclare Mme Besner.
Durant leurs trois ans et demi de formation, les étudiants en physiothérapie effectuent six stages en milieu clinique. Ce sont plus de 1080 heures qu’ils consacreront à divers champs de pratique comme le musculo-squelettique, la neurologie, la gériatrie, etc. Dans le cas de l’ergothérapie, le programme comporte cinq stages et ceux-ci se font à la fois en santé physique et en santé mentale. Même si ces deux programmes sont distincts, ils partagent la même mission de former des thérapeutes généralistes et polyvalents.
Les milieux de stage sont nombreux et diversifiés. On compte parmi les partenaires de l’École les 8 principaux centres de réadaptation de la région montréalaise, 37 centres hospitaliers (dont ceux des Aurores boréales, à Macamic, et de Val-d’Or), une vingtaine de CLSC et autant de cliniques privées.
Un défi de taille

À la fin de leur formation, les étudiants doivent avoir appris à travailler dans différents types de milieux et avec tous les patients possibles, du nouveau-né à la personne âgée. Le secteur privé n’accueillant que 10 % des stagiaires en ergothérapie et 20 % de ceux en physiothérapie, la majorité des stages se déroulent dans des établissements publics, maintenant regroupés sous le nouveau nom de centres de santé et de services sociaux (CSSS). Les stagiaires vont donc dans « des établissements qui ont des missions de centre hospitalier, de CLSC et de centre de réadaptation », comme le souligne la physiothérapeute. Quant aux étudiants en ergothérapie, ils ont la chance de découvrir d’autres lieux de pratique, puisqu’ils sont appelés à travailler davantage dans des écoles primaires et des organismes communautaires en plus des CSSS et des cliniques privées.
Les directrices des programmes de physiothérapie et d’ergothérapie doivent composer avec deux autres variables qui accentuent la difficulté de leur tâche : les besoins pédagogiques de chaque étudiant et les standards nationaux. « Les 12 programmes universitaires du Canada se sont entendus sur des normes pour agréer les milieux cliniques et ceux-ci doivent répondre à toutes ces exigences pour recevoir des étudiants », précise Huguette Picard, chargée de l’enseignement clinique en ergothérapie. Mmes Picard et Besner doivent donc jongler avec une multitude d’éléments avant d’assigner un stage à chacun de leurs étudiants.
Bon an, mal an, elles réussissent pourtant à placer tous les étudiants de leurs trois cohortes aux quatre coins du Québec, ailleurs au Canada et parfois même à l’étranger (Suisse, France, États-Unis et Belgique pour les futurs ergothérapeutes). Cinq étudiants du programme d’ergothérapie ont ainsi la chance de s’envoler chaque année vers la France pour effectuer leur stage à l’Institut de formation en ergothérapie de Nancy ou à celui de Paris. Des négociations sont également en cours afin d’élaborer un programme d’échanges avec le département d’ergothérapie d’une université australienne.
Réussir à garder les partenaires
Le défi de l’enseignement clinique consiste également à garder les 100 partenaires année après année. « Nous devons assurer une certaine continuité des stages et éviter d’avoir à recommencer avec des milieux différents chaque année, indique Mme Picard. On tente d’avoir des gens qui s’engagent dans la formation clinique ainsi que des cliniciens qui, en plus de leur travail, ajoutent la dimension de l’enseignement clinique à leurs fonctions. » À cette fin, l’École de réadaptation participe activement à la formation des superviseurs de stage et se démarque des autres universités par cet aspect. « On leur donne une formation de quatre jours, tout un processus d’orientation qui les guidera sur le chemin de l’enseignement clinique (réunions, activités pédagogiques, etc.) pour qu’ils améliorent leurs habiletés », ajoute Chantal Besner, sa collègue. Ce soutien constant permet d’augmenter les chances de garder les partenaires au fil des ans.
Les partenaires affiliés tirent également leur épingle du jeu, puisque l’accueil d’un stagiaire leur procure des avantages. « C’est exigeant pour les partenaires, mais c’est aussi enrichissant et ils nous disent que cela crée un dynamisme dans le milieu tout en leur permettant de se tenir à jour », signale Mme Besner. Il y a une pénurie de physiothérapeutes et d’ergothérapeutes dans le réseau de la santé et c’est un atout d’accueillir des stagiaires. » Pour les établissements, les stages représentent une manière de se faire connaître et sont un pas de plus dans la procédure de recrutement des futurs travailleurs. Ce partenariat entre l’École de réadaptation, qui a célébré l’an dernier ses 50 ans, et les nombreux établissements publics et privés permet de former chaque année une soixantaine de physiothérapeutes et plus de 90 ergothérapeutes qualifiés, prêts à affronter toutes les embûches du marché du travail.
