L’école à l’hôpital

1 décembre 2005
Le Dr Jacques Bernier, directeur de l'enseignement à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, Marguerite Zucomy, directrice de la fondation de l'hôpital, et Martin Légaré, président du CMDP.

Dans une salle d’examen, un médecin ausculte un patient sous l’oeil d’une caméra. Une dizaine d’étudiants en médecine observent la scène… projetée en temps réel sur un écran dans un autre local ! Inauguré en septembre dernier, le Centre de soins ambulatoires de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), affilié à l’Université de Montréal, est à la fine pointe de la technologie.

Ce centre de soins ambulatoires, le seul du Québec à être rattaché à une université, est consacré aux soins et services spécialisés ne nécessitant pas d’hospitalisation. Il comporte 15 salles d’enseignement, munies d’une table d’examen, d’une caméra, d’un projecteur multimédia, d’un magnétoscope, d’un lecteur DVD, d’un écran et d’ordinateurs connectés à Internet. Des outils technologiques destinés à faciliter l’enseignement aux quelque 3500 étudiants stagiaires de l’HMR, provenant surtout de la Faculté de médecine de l’UdeM, mais aussi d’autres facultés, de cégeps et d’écoles secondaires (par exemple, des programmes de préposé aux patients et d’infirmier auxiliaire).

« Le Centre de soins ambulatoires a pour vocation de desservir plus de gens, mais aussi d’offrir des services autrement, dit le Dr Jacques Bernier, directeur de l’enseignement à l’HMR. Or, si l’on soigne différemment, il faut enseigner différemment. » En octobre 2004, l’HMR a d’ailleurs organisé, en collaboration avec la Faculté de médecine de l’Université, une journée scientifique sur l’enseignement en contexte ambulatoire. Des conférenciers ont alors présenté de nouvelles formes de pédagogie, comme le « patron minute » (one-minute preceptor), qui vise à maximiser l’enseignement dans un délai serré.

À l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, l'enseignement revêt de multiples visages, sans négliger la formule plus traditionnelle.

Le Centre de soins ambulatoires, qui regroupe dans un même lieu divers services de consultations externes (ophtalmologie, oncologie, chirurgie générale, etc.), a été aménagé dans ce souci d’efficacité pédagogique. « Les cliniciens ont tout à portée de la main, indique Paul Dubé, adjoint au directeur de l’enseignement. Auparavant, lorsque ces services de consultations externes étaient situés dans plusieurs lieux, ils n’avaient pas nécessairement accès à une salle d’enseignement à proximité. »

On le sait, la clientèle des hôpitaux n’a cessé de croître au cours des dernières années. Mais les étudiants sont aussi plus nombreux à y effectuer des stages. À l’HMR, leur nombre est passé de 2297 à 3247 entre 2001-2002 et 2004-2005. Deux étages du centre hospitalier universitaire sont maintenant consacrés aux activités d’enseignement. Avec sa bibliothèque, son amphithéâtre, sa quinzaine de classes (différentes de celles du centre ambulatoire) et ses petits groupes d’étudiants dispersés ici et là, le pavillon J.-A.-DeSève s’apparente davantage à celui d’une université qu’à celui d’un hôpital.

« Le volet enseignement a pris une telle importance à l’HMR que celui-ci a décidé de mettre sur pied une direction de l’enseignement il y a environ une dizaine d’années, souligne le Dr Bernier. Nous sommes présents au sein de tous les comités majeurs, y compris celui de la direction de l’Hôpital. » Le budget de la direction de l’enseignement est d’ailleurs financé à environ 40 % par l’HMR et à 60 % par l’UdeM – la Fondation de l’HMR a subventionné la création des nouvelles salles d’enseignement. « Cette contribution tient à la bonne volonté de la direction générale du centre hospitalier et à son conseil d’administration », précise Jacques Bernier.

Reste que la direction de l’enseignement doit remplir sa mission : coordonner l’ensemble des activités d’enseignement, assurer le développement technologique et pédagogique, jouer un rôle de conseiller auprès du corps médical, de l’administration et des étudiants. Et bien sûr, participer à l’élaboration et à la réalisation des objectifs de l’HMR, comme la mise sur pied du Centre de soins ambulatoires. « Notre but ultime est que le patient soit mieux soigné », résume le Dr Bernier.

À la tête de la direction de l’enseignement depuis 1999, le psychiatre de formation est particulièrement préoccupé par la relation patient-soignant. « L’alliance thérapeutique doit être au centre des périodes de traitement, observe-t-il. Le médecin doit s’assurer qu’il a bien compris la demande du patient et que ce dernier est satisfait de la rencontre. » Mais l’omniprésence de la technologie au Centre de soins ambulatoires ne risque-t-elle pas de déshumaniser les soins ? « Au contraire, elle fera gagner un peu de temps au clinicien, qui pourra davantage enseigner cet aspect aux stagiaires. »

Direction de l’enseignement: pour qui, pourquoi?

Cent cinq : c’est le nombre de mandats officiels du directeur de l’enseignement universitaire compris dans sa description de tâches. Un sacré défi ! Le rôle essentiel du directeur de l’enseignement est de coordonner toutes les activités d’enseignement dans le centre hospitalier auprès des facultés de l’Université qui ont recours aux centres hospitaliers comme milieux d’enseignement. Sont inclus dans cette définition les sciences infirmières, la pharmacie, la médecine dentaire et les programmes de nutrition, de physiothérapie, d’ergothérapie, d’audiologie et d’orthophonie, car il n’y a qu’un seul directeur pour toutes les disciplines enseignées à l’hôpital. Traditionnellement, le directeur de l’enseignement est un médecin de la Faculté de médecine, compte tenu que les étudiants en médecine et les résidents représentent environ 80 % des stagiaires dans les établissements hospitaliers.

Le directeur de l’enseignement (et son équipe) fait donc office de véritable sentinelle de l’Université au sein du centre hospitalier, puisque son rôle est de veiller à la planification des formations cliniques, au bien-être des étudiants en stage ou des résidents, au soutien accordé aux ressources professorales, au développement des infrastructures ou à la bonne affectation des locaux, équipements et technologies nécessaires à l’enseignement. Il a la charge de représenter les deux instances que sont l’Université et l’hôpital au sein des comités de gestion et de planification de l’établissement de santé. On peut donc dire que la direction de l’enseignement est le porteur de la mission d’enseignement des centres hospitaliers universitaires et le représentant des facultés en milieu clinique.

Aujourd’hui, deux grands défis se posent aux directeurs de l’enseignement. D’une part, ces directeurs doivent maintenir la place de l’enseignement dans le centre hospitalier et même l’accroître si possible dans un contexte difficile de restrictions budgétaires et de grande pression sur le personnel due à la surcharge de travail clinique. D’autre part, l’évolution technologique a changé les approches pédagogiques et les modes d’apprentissage et fait bouger très vite les modes d’enseignement. Ainsi, le directeur de l’enseignement a la mission de soutenir l’innovation et la création d’outils d’enseignement ainsi que de favoriser l’utilisation efficace des nouvelles technologies. Il doit pour ce faire proposer et encourager les initiatives allant dans ce sens. Dans cette logique et dans le cadre étendu des RUIS, une démarche est entreprise pour organiser et planifier la formation clinique continue auprès du personnel. Un mandat qui reviendra aux directions de l’enseignement.