

Comme plusieurs autres professionnels de la santé, les ergothérapeutes et les physiothérapeutes pourront faire une maitrise professionnelle pour acquérir leur formation. Après plusieurs années de gestation, le continuum baccalauréat-maitrise sera offert aux étudiants des deux disciplines de l’École de réadaptation.
« L’implantation des maitrises professionnelles est de plus en plus courante au Canada et aux États-Unis, explique le directeur du programme de physiothérapie, Denis Gravel. La progression des connaissances et le contexte actuel de la pratique l’exigent. D’ailleurs, de nombreux programmes américains en sciences de la santé sont rendus au doctorat professionnel. C’est une évolution incontournable. »
L’évidence s’est imposée aux organismes éducatifs et professionnels canadiens du domaine de la physiothérapie réunis à Toronto en juin 2001. Ils ont alors adopté la proposition que tous les programmes universitaires se dotent d’une maitrise professionnelle d’ici 2010. Pour leurs collègues ergothérapeutes, c’est l’Association canadienne des ergothérapeutes (ACE) qui a tranché il y a cinq ans : dès 2008, elle n’accordera l’agrément qu’aux programmes de formation universitaire qui ont ajouté une maitrise professionnelle dont l’obtention deviendra probablement obligatoire pour l’exercice de leurs fonctions.
Une pratique réflexive
En ergothérapie, on ne s’est pas contenté d’ajouter une maitrise au programme offert. Tous les cours ont été revus selon l’approche par compétences, qui privilégie des méthodes pédagogiques actives, comme l’approche par problèmes, les stages cliniques ou les laboratoires. Les étudiants acquerront ainsi sept compétences particulières définies par l’ACE : celles de l’expert, du communicateur, du collaborateur, du gestionnaire, de l’agent de changement, de l’érudit et du professionnel. Ces aptitudes seront renforcées à la maitrise, où les ergothérapeutes en devenir devront aussi démontrer leurs capacités d’autocritique, d’analyse et de synthèse. « Nous cherchons surtout à valoriser le raisonnement clinique, signale Élisabeth Dutil, directrice du programme d’ergothérapie. Les connaissances évoluent rapidement, mais encore faut-il savoir bien les utiliser. »
Pour le moment, le programme de physiothérapie ne prévoit pas adopter officiellement l’approche par compétences, même si la pratique réflexive est au cœur de la formation. « On misera sur l’approche par problèmes au cours des prochaines années dans certains cours très cliniques », déclare cependant M. Gravel, pour qui l’objectif premier de la réforme du programme est le rehaussement des connaissances et la mise à jour de la formation en fonction des nouvelles pratiques.
Au terme de leur formation, les étudiants en physiothérapie et en ergothérapie seront par ailleurs aptes à recourir davantage aux données probantes et aux mesures de résultats, deux courants qui modifient les pratiques des professionnels de la santé d’aujourd’hui. « Ils pourront ainsi mieux évaluer les déficiences, incapacités ou situations de handicap de leurs patients et les traiter de façon plus précise », dit M. Gravel.
Changement majeur
L’enseignement de l’ergothérapie et de la physiothérapie s’est toujours adapté de manière graduelle à la pratique et au progrès scientifique en apportant des modifications mineures aux programmes. Tant et si bien que les baccalauréats actuels sont très chargés et totalisent 110 crédits. L’instauration des maitrises professionnelles constitue une véritable bouffée d’air frais pour les directions des programmes, qui n’ont pas procédé à un changement d’une telle ampleur depuis au moins 20 ans. « Le changement est nécessaire, souligne Élisabeth Dutil. L’horaire des étudiants est saturé. Ils n’ont même plus le temps de faire des lectures ! » Les deux champs d’études seront donc désormais constitués d’un baccalauréat de 90 crédits et d’une maitrise de 45 crédits.
La réforme ne s’est toutefois pas faite sans heurts. « Nous avons été parmi les premiers au pays à travailler sur ce projet, mais cela a pris plus de temps que prévu, mentionne M. Gravel. Le gouvernement voulait s’assurer qu’il n’y aurait pas de pénurie de main-d’œuvre en physiothérapie et ergothérapie. Il a donc demandé une hausse de l’effectif étudiant au moment de la mise en place. »
En conséquence, les futurs physiothérapeutes seront au nombre de 96 au lieu de 76 en septembre. Le programme d’ergothérapie fera quant à lui passer son effectif de 100 à 120 étudiants, ce qui en fait le programme le plus important du Canada.
