
Au Canada, en 2001, quelque 2600 greffes de la cornée ont été pratiquées, un nombre qui a doublé en 10 ans conséquemment au vieillissement de la population. Malgré ces avancées, les besoins en la matière sont loin d’être comblés puisque près de 3300 autres patients sont demeurés sur la liste d’attente. Les maladies de l’endothélium comptent pour 42 % des causes de ces greffes.
« L’endothélium est la couche intérieure de la cornée qui couvre la pupille et l’iris, explique Isabelle Brunette, professeure au Département d’ophtalmologie. Les maladies de l’endothélium nécessitant une greffe de cornée peuvent être causées par des dystrophies endothéliales ou par des complications découlant d’une opération de la cataracte. »
Dans les deux cas, les cellules de l’endothélium ne parviennent plus à évacuer l’eau de la cornée, qui souffre alors d’œdème et devient blanchâtre et opaque. La maladie peut être douloureuse et entrainer la cécité.
La Dre Brunette, rattachée à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, vient d’être nommée titulaire de la Chaire Charles-Albert-Poissant de transplantation cornéenne de l’Université de Montréal. Dotée d’un fonds de 500 000 $ pour une période de cinq ans, la Chaire a pour principal objectif d’optimiser la transplantation cornéenne grâce à la technologie du laser.
Transplantation d’endothélium
Les greffes de cornée ont beaucoup évolué au cours des dernières années et l’on réussit maintenant à ne transplanter que la partie interne de la cornée, c’est-à-dire celle qui renferme l’endothélium. Traditionnellement, il fallait changer la pleine épaisseur de la cornée et greffer le tissu sain prélevé sur un donneur décédé. Ce greffon demandait de nombreux points de suture qui risquaient de déformer la courbure naturelle de la cornée.

« Ces déformations produisaient beaucoup de distorsions, sans compter que la courbure de la cornée du donneur ne correspondait généralement pas à celle de l’œil du receveur », souligne la Dre Brunette. De fortes lunettes étaient nécessaires, qui ne parvenaient cependant pas à corriger toutes les distorsions, et il fallait parfois plus d’un an pour que la guérison soit complète.
Aujourd’hui, les ophtalmologistes peuvent compter sur le laser femtoseconde (dont la vitesse est de 10-15 secondes), qui annonce une véritable révolution dans le domaine de la greffe de cornée. « Avec ce laser, nous pouvons maintenant retirer l’endothélium sans toucher aux couches extérieures de la cornée, précise la chercheuse. Il n’y a donc pas de suture ni de distorsions et la structure de l’œil est préservée. La précision de la chirurgie est aussi beaucoup plus grande. L’endothélium du donneur est implanté par une ouverture pratiquée sur le côté de la cornée. »
La cornée retrouve sa transparence en quelques jours et la convalescence est une affaire de quelques semaines.
Une technologie en évolution
Le laser a donc permis un progrès prodigieux en matière de greffe de cornée, mais cette nouvelle technologie est en évolution constante. L’appareil dont dispose la Dre Brunette a été mis au point par une équipe de physiciens de l’INRS-Énergie, matériaux et télécommunications à Varennes, qui est l’un des centres de laser femtoseconde les plus reconnus mondialement. La greffe d’endothélium doit quant à elle se faire à la main avec des instruments plutôt grossiers considérant la minutie de l’intervention.
La Chaire Charles-Albert-Poissant servira à optimiser les interventions chirurgicales par laser au fil des innovations technologiques en visant trois buts : l’amélioration de la précision de la découpe de l’endothélium, l’amélioration de la découpe dans une cornée gonflée d’eau et l’amélioration du profil de coupe du greffon pour en faciliter la prise chez le receveur.
La chercheuse travaille par ailleurs avec l’équipe du Laboratoire d’organogénèse expérimentale de Québec sur la culture de cellules endothéliales, dont les recherches pourraient permettre d’éviter le recours à un donneur.
La création de la Chaire a été rendue possible grâce à des dons personnels de Charles-Albert Poissant, directeur du comité des finances de la direction du Québec de l’Institut national canadien pour les aveugles (INCA), et de Jean Picard, président de l’INCA, ainsi que de l’INCA lui-même et de la Fondation Jacques-Francœur.
