Les deux visages de la recherche

4 juin 2007

La recherche en santé revêt deux visages : celui du succès, indéniable, et celui de l’inquiétude à cause du sous-financement qu’elle subit.

Un arrêt d’abord sur les nombreux succès des chercheurs de la Faculté. Il n’existe pas de recette magique, mais il y a bien eu, ces dernières années, quelques ingrédients indispensables. À commencer par les chaires de recherche du Canada, qui ont permis de recruter et de retenir des chercheurs réputés.

« Au cours des trois années passées, nous avons soumis 25 demandes de chaires. Et 24 ont été acceptées, souligne fièrement le Dr Pierre Boyle, vice-doyen à la recherche et aux études supérieures. C’est pas mal du tout. »

Il faut dire que les candidats de renom pour ces chaires se sont littéralement bousculés au portillon. En plus de garder sur le campus des chercheurs de haut niveau déjà établis, la Faculté a recruté aux États-Unis, en Europe et ailleurs dans des établissements prestigieux. Pourquoi ? La concurrence était (et reste) vive. La qualité du milieu de vie et la possibilité de travailler en réseau ont été des éléments d’attraction importants dans plusieurs de ces recrutements. Dans certains cas, l’accès à un financement d’infrastructure (FCI) et à un programme de dégrèvement fiscal du gouvernement du Québec (pour chercheurs étrangers) a aussi joué un rôle positif.

Pour sa part, le Dr Boyle estime que le fait de pouvoir travailler en réseau à l’Université a largement contribué à attirer les meilleurs. Et, même si l’avenir des chaires de recherche du Canada est incertain, la direction n’a aucune intention de s’arrêter en si bon chemin : la création de consortiums de recherche devient un mode de vie à la Faculté, quatre sont déjà constitués ou sont sur le point de l’être.

D’ici trois ans, une douzaine de consortiums réunissant jusqu’à 200 chercheurs par regroupement pourraient voir le jour. Bien entendu, cela rend plus laborieuses les discussions autour de la table, notamment lorsqu’il s’agit d’embaucher. Mais le jeu en vaut la chandelle. « Le recrutement se fait de manière concertée », mentionne le Dr Boyle. Et, surtout, il y a alors moyen de déposer des demandes de subvention de type multidisciplinaire, d’augmenter la masse critique réelle des expertises et d’accroitre notre compétitivité principalement dans les grands concours.

La Fondation canadienne pour l’innovation

LA RECHERCHE CLINIQUE À STIMULER

Le vice-doyen est bien conscient qu’il faut accorder une attention particulière à la recherche clinique afin de convaincre le public que la recherche fondamentale sert son intérêt. « Sur 10 000 molécules, une aboutira à un traitement. Ce qui explique que plus de 70 % des recherches sont de nature fondamentale », rappelle le Dr Boyle. Un effort renouvelé est donc consenti dans l’organisation des essais cliniques. Les questions liées à l’éthique doivent être prises en considération, surtout celles associées à la confidentialité des données sur les patients. De plus en plus, les essais se déroulent dans plusieurs pays et dans plusieurs dizaines d’hôpitaux.

« Nous voulons créer une génération de cliniciens-chercheurs, mais aussi de cliniciens rompus aux exigences de la recherche clinique, et accroitre le bassin de patients qui y participent… Il reste du chemin à parcourir. » Un exemple ? À l’heure actuelle au Québec, seulement 2 % des patients atteints du cancer de la prostate font partie d’une étude clinique, comparativement à 10 % au Manitoba. Pourtant, prendre part à une étude présente de nets avantages, juge le Dr Boyle : les patients sont suivis à la trace pendant longtemps.

Si les chaires de recherche du Canada ont été un formidable atout, la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) y est aussi pour quelque chose. Surtout que, là encore, les chercheurs de la Faculté ont connu beaucoup de succès. Ainsi, au dernier concours de l’organisme, ils ont arraché 15 % de l’ensemble des fonds disponibles au pays. Ce n’est pas rien. L’Université se classe deuxième au Canada pour les sommes reçues en 2005. Au total, la FCI a versé quatre milliards depuis 2000 qui sont allés à la modernisation des laboratoires et à l’installation d’autres équipements.

La stratégie de l’Université de favoriser des domaines précis plutôt que de s’éparpiller a payé. Ces domaines incluent le cancer, les maladies cardiovasculaires, la santé mère-enfant, la réadaptation, les neurosciences, la santé mentale et l’immunologie. À ces thèmes de recherche s’ajoutent des champs transversaux si l’on peut dire, entre autres la pharmacogénomique, l’imagerie médicale et la recherche clinique.

Au Québec, une étude des trois dernières compétitions nationales – soit la FCI en 2004, Génome Canada en 2005 et de nouveau la FCI en 2006 – indique que l’Université de Montréal se situe dans une classe à part, avec ses 291,5 M$, soit plus que l’ensemble des quatre autres grandes universités du Québec réunies.

La recherche clinique à stimuler

Le vice-doyen est bien conscient qu’il faut accorder une attention particulière à la recherche clinique afin de convaincre le public que la recherche fondamentale sert son intérêt. « Sur 10 000 molécules, une aboutira à un traitement. Ce qui explique que plus de 70 % des recherches sont de nature fondamentale », rappelle le Dr Boyle.

Un effort renouvelé est donc consenti dans l’organisation des essais cliniques. Les questions liées à l’éthique doivent être prises en considération, surtout celles associées à la confidentialité des données sur les patients. De plus en plus, les essais se déroulent dans plusieurs pays et dans plusieurs dizaines d’hôpitaux.

« Nous voulons créer une génération de cliniciens-chercheurs, mais aussi de cliniciens rompus aux exigences de la recherche clinique, et accroitre le bassin de patients qui y participent… Il reste du chemin à parcourir. » Un exemple ? À l’heure actuelle au Québec, seulement 2 % des patients atteints du cancer de la prostate font partie d’une étude clinique, comparativement à 10 % au Manitoba. Pourtant, prendre part à une étude présente de nets avantages, juge le Dr Boyle : les patients sont suivis à la trace pendant longtemps.

Les Instituts de recherche en santé du Canada

Le vice-doyen à la recherche et aux études supérieures, Pierre Boyle, n'est jamais très loin des chercheurs.

Le tableau de la répartition canadienne des revenus de recherche subventionnée pour l’année 2005 montre que l’UdeM occupe le deuxième rang au pays, avec des subventions de plus de 429M$. Au moins 60% de ce montant est allé à la Faculté de médecine.

En ce qui a trait aux subventions allouées par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), l’UdeM a obtenu au dernier concours le même pourcentage de fonds que l’Université McGill, soit 39 % des fonds distribués. Ce n’est pas un mince exploit si l’on considère que l’écart entre les deux établissements oscillait entre 5 et 8 % depuis plusieurs années. Il est passé de 8 à 3 % l’an passé et, sur cette lancée, l’UdeM a gommé l’écart.

Le Dr Boyle se garde bien de pavoiser, d’autant plus que cette belle performance ne saurait cacher une réalité préoccupante : le taux de financement des projets diminue de sorte que cette année seulement 16 % des projets soumis ont été financés, comparativement à 28 % il y a à peine deux ans. Cela est compréhensible dans la mesure où le financement total est demeuré à peu près inchangé alors que le nombre de demandes a augmenté de 40 % en trois ans.

« La moitié des projets jugés excellents n’ont pas été financés à la dernière compétition des IRSC », résume le vice-doyen. Et les projets retenus n’ont reçu que 75 % du financement demandé. « Ce n’est plus une question d’ajustement, c’est plutôt une question d’annuler des projets valables et emballants. »

Sauver les meubles

Les réussites sont donc réelles, mais les inquiétudes quant à l’avenir le sont tout autant. Il faut plusieurs années pour mettre sur pied des équipes de recherche efficaces et bien soudées et le manque de ressources entrainera nécessairement des changements.

« Lorsqu’on ne peut plus payer le technicien ou l’étudiant faisant partie d’une équipe, ce n’est jamais une bonne nouvelle », signale le Dr Boyle en ajoutant que « nous avons ciblé des équipes à risque et nous allons essayer de sauver les meubles en attendant que la situation s’améliore ».

Et c’est bien ce que tous souhaitent : que la situation se redresse. Qu’une solution de rechange aux chaires de recherche du Canada soit trouvée, que la FCI continue de soutenir les équipes. Et que les IRSC aient davantage de fonds.

En définitive, la Faculté est toujours prête à rencontrer les décideurs afin de leur proposer des pistes de solution.