Comment offrir les premiers soins psychologiques

3 mai 2008
Le Dr Bergeron a apporté son aide à des habitants d'Haïti il y a quelques mois.

L’action humanitaire est spontanément associée aux soins de base en temps de crise : stopper les hémorragies, bander les blessures, réhydrater, nourrir… Mais en plus des blessures physiques et des pertes matérielles, nombre de victimes souffrent d’une profonde détresse psychologique, qui ne peut être ignorée par les secours.

« Pour ces personnes plus perturbées, il existe des interventions à moyen et long terme qu’on doit chercher à améliorer. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai adhéré à Médecins du monde », déclare le psychiatre Nicolas Bergeron, qui a été élu président de cette organisation non gouvernementale de coopération et de solidarité internationales en avril dernier.

Présente en Haïti, au Malawi, au Nicaragua, au Zimbabwe, au Viêtnam et à Montréal, Médecins du monde se fait un devoir d’intégrer les premiers soins psychologiques dans tous ses projets d’aide humanitaire. « En situation de crise, la main qui tend la pilule est aussi importante que la pilule elle-même », estime celui qui est également chef du service de la psychiatrie de consultation-liaison au CHUM.

En Haïti et au Nicaragua, par exemple, l’organisation offre un programme de soutien psychologique aux femmes victimes de violence. « Peu de gens dénoncent ce problème. C’est le cas à Montréal, mais c’est encore plus vrai dans des zones où la femme peine à faire reconnaitre ses droits », remarque le médecin, dont l’intérêt pour les traumatismes et les soins en situation d’urgence s’est manifesté à la suite des évènements du 11 septembre 2001. Il était à New York lorsque les tours jumelles se sont effondrées et il s’est porté volontaire au cours des mois suivants pour rencontrer les familles affectées de près ou de loin par la tragédie.

À Montréal, Médecins du monde a mis sur pied un service particulier d’accompagnement professionnel et de soutien psychologique pour les intervenants communautaires. « C’est une mesure de rétention, explique le Dr Bergeron. Les travailleurs de proximité rencontrent des clientèles difficiles, comme des toxicomanes, des itinérants, des prostituées, ce qui induit un roulement de personnel assez grand. Ce sont des travailleurs plus éprouvés que d’autres. À la manière d’un programme d’aide aux employés, on les rencontre individuellement ou en groupe. »

L’ organisation travaille actuellement sur la délicate prise en charge des immigrants ayant un statut précaire ou illégal et vivant à Montréal. Malgré le manque de ressources, le président de Médecins du monde aimerait pouvoir prodiguer à ces sans-papiers les soins physiques et psychologiques de base. « Ces immigrants sont dans un no man’s land. Ils ont très peur de se faire dénoncer. Ils ne savent pas où aller chercher de l’aide. Dans leur cas, les deux types de soins vont de pair. On n’a pas le choix si l’on considère, par exemple, qu’une personne victime d’un stress post-traumatique n’arrivera pas à prendre son insuline ou ses médicaments contre l’hypertension . »

À la rencontre de l’autre

Les premiers soins psychologiques doivent être prodigués dans le respect de la culture et de l’environnement de la victime, insiste le Dr Bergeron. C’est pourquoi Médecins du monde a adopté une approche communautaire, sociale et écologique de l’aide humanitaire.

« On ne peut pas arriver dans un pays étranger, planter nos tentes et donner des traitements en ignorant le fonctionnement du système de santé, les us et coutumes de l’endroit et l’influence probable que notre action aura sur l’environnement, croit-il. Les soins en santé mentale doivent absolument être donnés en toute humilité eu égard à l’autre, à sa culture et à ses valeurs. »

Si les humains réagissent tous de la même manière devant la menace faite à la vie, les méthodes pour les soigner ne seront pas forcément les mêmes. Ainsi, on préconisera la thérapie par le corps plutôt que par la parole dans certaines cultures.

Médecins du monde travaille par ailleurs en partenariat avec les autorités et les organisations locales afin que les projets puissent être pris en charge après le départ des bénévoles. « On exporte notre expertise en santé mentale de manière nuancée, c’est-à-dire modulée en fonction des façons de faire qui sont les leurs », note le Dr Bergeron.

Les obstacles culturels sont cependant bien peu de chose devant l’engagement et la volonté des bénévoles. « Être bienveillant envers une personne qui souffre, c’est un comportement universel », rappelle le psychiatre.