
Pourquoi vous êtes-vous orientée vers la pédopsychiatrie?
Mon orientation première était la pédiatrie, mais j’ai réalisé au cours de ma formation que la pédopsychiatrie offrait une approche beaucoup plus globale du développement de l’enfant et de l’adolescent. L’interaction de nombreux facteurs, qu’ils soient génétiques, environnementaux ou liés aux expériences vécues va définir de façon unique la trajectoire de chaque enfant. C’est une période à la fois complexe, dynamique et passionnante où le chemin n’est pas encore tracé.
Pouvez-vous définir votre conception de la santé mentale chez les jeunes et quels sont les principaux enjeux qui y sont associés en ce qui a trait à leur réintégration sociale et au support clinique?
Ma conception de la santé mentale est multifactorielle et intégrative. L’enfant étant un être en développement dépendant du milieu dans lequel il grandit, il faut considérer son fonctionnement selon le contexte dans lequel il évolue et se poser constamment la question de l’aspect normal ou pathologique des manifestations symptomatiques qui paraissent problématiques. Par exemple, un enfant qui présente des difficultés d’attention et de concentration ne relève pas forcément d’un traitement psycho stimulant visant un TDAH. Ces symptômes non spécifiques peuvent relever d’un manque de sommeil, d’une situation inquiétante ou de toute autre cause médicale ou psychologique. Une évaluation complète s’impose donc avant de poser un diagnostic. À l’inverse, il faut savoir reconnaître une condition qui mérite une intervention précoce afin de ne pas laisser évoluer une pathologie en espérant que le fait de grandir arrangera les choses. L’enfance est par ailleurs une période de la vie où la notion de prévention prend tout son sens.
Cette conception de la santé mentale diffère-t-elle chez les jeunes adultes? Le support, l’évaluation et la prise en charge sont-ils qualitativement semblables ou diffèrent-ils?
Une grande différence est l’importance des parents qui doivent être intégrés dans le plan de traitement. Les parents peuvent parfois, sans s’en rendre compte, entretenir les difficultés de l’enfant; ils doivent alors être aidés à modifier la dynamique familiale. Dans tous les cas, ils sont des partenaires indispensables de l’équipe de soins.
Décrivez-nous le projet «Espace de transition» que vous avez développé. En quoi cela répond-il aux besoins des jeunes qui y sont impliqués?
Il s’agit d’un espace protégé et ludique, situé dans la communauté et qui vise la réintégration sociale de patients confrontés à une pathologie psychiatrique stabilisée par le traitement. Après la rupture créée par l’irruption d’un trouble mental dans la vie d’un adolescent, le retour à la vie quotidienne est un défi considérable. Le projet est basé sur la force d’un groupe réuni autour d’un objectif artistique commun: la création et la présentation d’un spectacle devant public. Le groupe est constitué de jeunes patients et de jeunes sans difficulté entre 14 et 24 ans. Les artistes qui accompagnent le groupe ne connaissent pas le statut spécifique de chaque participant. Ce contexte mise sur les forces et non sur la vulnérabilité des jeunes. Il autorise un autre regard et leur permet une perception différente d’eux-mêmes. Je vous invite pour plus de détails à visiter le site etpsy.ca
Les arts font-ils partie de ce que l’on pourrait considérer comme un contexte thérapeutique et si oui, en quoi?
Les arts font partie de la vie et sont un aspect essentiel des solutions disponibles pour faire face à notre condition d’être humain conscient de notre propre mort, des séparations inévitables, confrontés à l’injustice et à l’incohérence. La créativité artistique et la folie sont étroitement liées depuis toujours : la créativité protège-t-elle de la folie ou la folie est-elle nécessaire à la créativité?
Pourriez-vous décrire le BAER?
Le Bureau d’aide aux étudiants et résidents de la faculté de médecine (BAER) est aussi un espace protégé où l’on peut sans danger parler de ses préoccupations, difficultés et poser des questions, sans être jugé, critiqué ou pénalisé. Les membres du BAER sont là pour écouter et permettre de prendre le recul nécessaire à l’identification de solutions. Ils accompagnent l’étudiant dans les démarches pertinentes. Ils ne sont pas des thérapeutes, mais des médecins qui ont traversé ces études difficiles et peuvent jouer un rôle de conseiller. La démarche est confidentielle et totalement indépendante du dossier académique.
Quels sont les éléments particuliers aux étudiants en médecine qui menacent leur santé mentale et leur bien-être?
Les études de médecine sont passionnantes mais aussi exigeantes. La médecine nous confronte à nos limites, ce qui n’est pas toujours facile. Les enjeux sont de taille puisqu’il s’agit de la santé, la survie d’autres êtres humains. Comment trouver la bonne distance, comment s’engager mais aussi savoir se protéger. Chacun va faire face à ces défis selon son histoire, sa personnalité, ses forces et ses fragilités.
Source: Amélie Langlois-Béliveau et David Caron, Journal Le Pouls
(revue des étudiantes et étudiants en médecine de l’Université de Montréal)
