Survivre au cancer et donner la vie

19 juin 2012
Dre Camille Sylvestre

Les gens survivent de plus en plus au cancer. Certaines personnes décident même d’avoir des enfants une fois en rémission. Par contre, pour certains cas, mieux vaut prendre des précautions. Entrevue avec Camille Sylvestre, obstétricienne-gynécologue surspécialisée en endocrinologie de la reproduction et infertilité au centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.

Les femmes demeurent fertiles même après avoir reçu certains traitements contre le cancer. «Pour éviter qu’une radiothérapie détruise les ovules, on relève les ovaires pour les mettre en dehors du champ de radiation. Les femmes demeurent également fertiles après certaines chimiothérapies. Toutefois, comme la chimiothérapie endommage souvent plusieurs ovules, la femme aura des risques plus élevés de fausse couche», indique Dr Sylvestre, professeure adjointe au département d’obstétrique-gynécologie de la Faculté de médecine de l’UdeM.

Après un cancer, il est recommandé d’attendre au moins deux ans avant de tomber enceinte en raison des risques de récidive. «Pour les cancers hormono-dépendants, comme celui du sein et de l’ovaire, le délai de deux ans est encore plus important, les hormones libérées pendant la grossesse pouvant augmenter les risques de récidive», précise Dre Sylvestre.

Certains traitements contre le cancer rendent toutefois les femmes stériles. «Si on a un cas de cancer des ovaires, on enlève les ovaires, donc bien sûr, la femme devient stérile. Les chimiothérapies massives rendent aussi les femmes potentiellement stériles. Ce type de chimiothérapie est administré par exemple chez de jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein pour éviter qu’il ne revienne, ou pour d’autres cancers récidivants. Le danger de devenir stérile dépend du type de chimiothérapie et de la dose», indique Dre Sylvestre, qui pratique également à la clinique OVO.

La vitrification

Depuis longtemps, les hommes font congeler leur sperme avant de faire de la chimiothérapie. Le sperme est par la suite décongelé et utilisé pour la fécondation in vitro de l’ovule de la conjointe. Par contre, les femmes n’arrivaient pas à faire congeler leurs ovules avec succès.

«On faisait de la congélation lente et des cristaux de glace se formaient. Lorsqu’on dégelait les ovules, ça les tuait. Depuis 2000, on fait de la vitrification, une forme de congélation rapide. Le taux de survie des ovules est meilleur», explique Camille Sylvestre.

Les experts peuvent préserver la fertilité des femmes dès qu’elles sont pubères. «Nous allons jusqu’à environ 40 ans. Nous devons aussi avoir un délai avant que la chimiothérapie ne commence pour faire une stimulation ovarienne. Nous injectons des hormones pendant une dizaine de jours, comme pour la fécondation in vitro. Les femmes atteintes d’un cancer sont traitées prioritairement parce que le temps presse», explique Dre Sylvestre. Pour les cancers hormono-dépendants, la dose d’hormone est diminuée. «Sinon, on risquerait d’empirer le cancer», précise-t-elle.

Quand les ovules sont matures, il faut piquer les ovaires pour aller chercher les ovules. «C’est une intervention chirurgicale sous anesthésie locale ou générale, précise Dre Sylvestre. Ensuite, on vitrifie les ovules et on peut les conserver une dizaine d’années. Pour concevoir, on réchauffera les ovules et on les fécondera avec le sperme du conjoint. Ensuite, on choisira un embryon de bonne qualité. On estime le taux de grossesse à environ 30%.»

Si la femme est en couple, les spécialistes vont féconder les ovules avec le sperme du conjoint pour obtenir des embryons avant de faire la vitrification. Cela augmente les chances de succès de la grossesse. «Si le couple se sépare par contre, on doit détruire les embryons», précise Dre Sylvestre.

Une grosse décision

Lorsqu’une femme apprend qu’elle a le cancer, penser à sa fertilité n’est pas toujours le premier réflexe. «Je crois que c’est tellement gros de parler de cancer que parfois, malheureusement, les oncologues oublient de parler de fertilité avec leurs patientes. On reçoit en préservation de la fertilité environ 20 cas par an. C’est nettement inférieur au nombre de jeunes femmes fertiles qui reçoivent un diagnostic», remarque Camille Sylvestre.

La vitrification est un processus difficile pour la patiente. «La stimulation ovarienne peut causer des effets secondaires comme de la fatigue, des changements d’humeur, une grande émotivité, précise Dre Sylvestre. Bien sûr, les femmes ont un suivi psychologique. C’est une période très difficile pour elles, mais en même temps, nous remarquons que la préservation de la fertilité donne espoir aux femmes qui doivent passer à travers la chimio. Elles souhaitent survivre pour un enfant qui n’est pas encore là.»

La clinique OVO est privée, mais la préservation de la fertilité est couverte par le programme québécois de procréation assistée du gouvernement du Québec. «Les médicaments pour la fécondation in vitro sont couverts de 70 à 80% par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), précise Dre Sylvestre. La patiente paye environ 1000$, alors qu’avant l’instauration du programme, on parlait de 10 000$.»

Deux autres options

Les femmes réfractaires à s’embarquer dans un tel processus peuvent tenter leurs chances de demeurer fertiles en cessant l’ovulation. «On leur donne des contraceptifs oraux ou des injections qui les mettent en ménopause artificielle. On pense que l’ovulation pendant la chimiothérapie fragilise davantage les ovaires, mais on n’est pas certain. Les études sont partagées», affirme Camille Sylvestre.

Si elle devient stérile, la femme pourra avoir recours à un don d’ovule. «La femme devra se trouver une donneuse, indique Dre Sylvestre. C’est la grande difficulté de cette technique. La donneuse doit avoir suffisamment d’ovules et passer à travers la stimulation ovarienne et la ponction des ovules.» Ensuite, les ovules seront mélangés avec le sperme du conjoint de la survivante. «L’embryon sera ensuite transféré dans l’utérus de la survivante, précise Dre Sylvestre. Le taux de grossesse est d’environ 70% et c’est couvert par la RAMQ.»

Commentaires

  1. Bonjour,

    j’ai présentement 43 ans. En 2007, j’ai été diagnostiqué du cancer du sein alors que j’étais enceinte. J’ai subit une chirurgie mais j’ai du avoir des traitement de chimio-thérapie et radiothérapie. Présentement, je prends du Tamoxiphène. On ne pas mentionné que mes traitements pouvais m’avoir rendue stérile Même si je ne désires plus avoir d’enfants, est-ce possible de passer un test? Cela m’évitera d’avoir recours a des moyens contraceptifs d’autant plus que je ne veux plus prendre d’anovulant vu le risque relié au cancer. Je n’ai pas toléré le stérilet…alors les choix sont restreints.

    Merci!

    1. Bonjour,

      Merci de votre commentaire. Nous ne pouvons malheureusement pas fournir d’avis médical et vous recommandons de consulter un médecin qui saura vous fournir un avis et des traitements professionnels.

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