
Inaugurée en décembre 2011, la Clinique de procréation assistée du CHUM occupe 30 000 pi2 au second étage de la Place Dupuis, au centre-ville de Montréal. Ses locaux neufs et immaculés abritent non seulement des salles de consultation et d’intervention, mais également des laboratoires à la fine pointe de la technologie. Bref, tout ce qu’il faut pour réaliser le rêve d’enfants des patientes qui s’y présentent.
La Clinique du CHUM est la première de langue française et le deuxième établissement public du genre à ouvrir ses portes au Québec après le Centre de reproduction McGill. «Il y avait une clinique publique anglophone, alors c’est normal qu’il y en ait une francophone», affirme le Dr Jacques Kadoch, directeur médical de la clinique qui, après l’entrée en vigueur au Québec de la gratuité des services de procréation assistée en août 2010, s’est battu pour qu’elle voit le jour. Le Dr Kadoch, qui est également directeur de la recherche et du développement pour la clinique OVO, un centre de fertilité privé, s’est impliqué dans tous les aspects de la conception de la nouvelle clinique. «Il n’y a pas une porte ici qui s’ouvre sans que j’en aie décidé le sens, dit-il. C’est la quatrième ou cinquième que je lance et je crois que, ce coup-ci, j’ai réussi un parcours sans faute.»

Le spécialiste n’a rien laissé au hasard. De l’emplacement et de l’éclairage du laboratoire d’embryologie au métal utilisé pour les tuyaux de ventilation, en passant par la musique classique dans les salles d’intervention et les couleurs rafraîchissantes de celles consacrées au réveil, tout a été pensé pour maximiser les résultats. «Ce sont les détails qui font la qualité», note celui qui est également professeur agrégé au département d’obstétrique-gynécologie de la Faculté de médecine de l’UdeM.
La clinique ne roule pas encore à plein régime, comme elle n’offre la fécondation in vitro que depuis janvier 2012. «Présentement, nous faisons entre 12 et 15 cycles de fécondation par semaine, précise le Dr Jacques Kadoch. L’objectif pour la première année était de 500 au total, mais je prévois que nous nous situerons plutôt entre 700 et 800.» Une fois que l’établissement aura atteint sa vitesse de croisière, il fera annuellement 1500 cycles et, espère son directeur médical, pourra compter sur sa propre équipe de chercheurs pour repousser les limites du savoir dans le domaine. Pour le moment, la réussite semble être au rendez-vous. «Durant notre premier trimestre, nous avons obtenu d’aussi bons résultats que la clinique OVO, qui est l’une des cinq meilleures au Canada», indique le Dr Kadoch.

La Clinique de procréation assistée du CHUM est la première d’une série de quatre cliniques publiques que le gouvernement du Québec souhaite ouvrir d’ici 2013. Le CHU Sainte-Justine et le CHU de Sherbrooke lanceront leur clinique cette année, alors que le CHU de Québec devrait faire de même au début de l’année suivante. L’objectif du ministère de la Santé et des Services sociaux est de transférer graduellement au moins la moitié des cycles de fécondation du privé au public.
Quant à la fameuse opposition entre privé et public, particulièrement présente dans le dossier de la procréation assistée, le Dr Kadoch, qui évolue justement dans les deux secteurs, croit que c’est une erreur de toujours les séparer. «Je pense que les deux s’entraident. À la Clinique du CHUM, on n’a pas réinventé la roue. Avec l’accord des médecins de la Clinique OVO, j’ai repris les protocoles en vigueur là-bas», explique-t-il, faisant remarquer au passage que ses collègues chez OVO mènent tous des carrières universitaires dans le public.
Lutte contre les grossesses multiples
En instaurant la gratuité des services de procréation assistée, le gouvernement québécois en a profité pour limiter à trois le nombre maximum d’embryons pouvant être transférés, afin de diminuer les grossesses multiples, conséquence fréquente des traitements de fertilité. Les effets de cette politique ne se sont pas fait attendre. Selon la Société canadienne de fertilité et d’andrologie, le taux de grossesses multiples au Québec est en effet passé de 27,7% à 3,8% dans les trois premiers mois du programme gouvernemental et se situe présentement autour de 5%.

Pour le Dr Kadoch, ce succès est surtout attribuable aux protocoles plus stricts adoptés par certaines cliniques. «Chez OVO, nous transférons un seul embryon jusqu’à 40 ans. En un an, notre taux de grossesses multiples est passé de 20% à 1,6%, soit en dessous du taux de grossesses multiples naturelles, qui tourne autour de 2%, raconte-t-il. Par contre, il ne faut pas dramatiser ce type de grossesses. La majorité d’entre elles sont gémellaires et se déroulent bien. C’est quand elles sont triples ou quadruples qu’il peut y avoir des problèmes.»
Le Dr Jacques Kadoch croit que c’est une bonne chose que Québec ait décidé de rendre gratuite la procréation assistée. «Les gens établissent souvent un parallèle entre la chirurgie plastique et le recours à la procréation assistée, ce qui me rend mal à l’aise, admet-il. L’infertilité est une maladie et un couple sur 10 devra consulter à ce sujet durant sa vie. Avoir des enfants, ce n’est pas un luxe, c’est un droit.»
