
Au premier abord, Isabella Banky et Patrick Chaput ont tout du couple heureux qui mène une existence paisible et sans histoire. À les écouter parler avec enthousiasme de leur passion pour la pêche et la peinture, de leurs activités de bénévolat, de leur amour pour leur filleul et de leurs balades en voiture décapotable, on ne devinerait jamais qu’ils ont survécu à un terrible accident de la route qui a complètement bouleversé leur vie il y a cinq ans.
La journée du 1er juillet 2006 avait pourtant bien commencé. Mordus de moto, Isabella et Patrick avaient décidé ce jour-là d’accompagner leur ami Alain Neveu, aussi motocycliste, jusqu’à l’Hôtel Sacacomie, à Saint-Alexis-des-Monts, dont il leur vantait depuis longtemps la beauté. Après avoir fait le tour des lieux, ils ont repris la route en direction de la maison du père d’Alain où les attendaient la conjointe de ce dernier, Sylvie Larin, et leur fils de neuf ans.
Mais alors que le trio entrait dans le village de Sainte-Mélanie vers 19 h, un jeune automobiliste de 19 ans, qui avait pris le volant en état d’ébriété, a subitement changé de voie en haut d’une côte, happant Alain avant de frapper Patrick et Isabella, qui le suivaient sur la même moto. Le premier est décédé sur le coup alors que Patrick a braqué sa moto vers la droite dans l’espoir d’éviter le véhicule. En vain. « Je n’ai absolument aucun souvenir de l’impact, raconte Patrick, attablé dans un café de la Faculté de médecine de l’UdeM. Ce que je sais de l’accident, ce sont des témoins qui me l’ont raconté. »
Le bilan des blessures des survivants est plutôt lourd : les deux ont les os du côté gauche brisés, et ils souffrent d’un trauma crânien. Patrick a également fait un accident vasculaire cérébral parce que l’attache de son casque a comprimé sa carotide droite, et il a eu des vertèbres fracturées dans la région du cou. Quant à Isabella, elle a reçu la tête de son conjoint en plein visage, ce qui lui a notamment cassé les dents; elle a aussi subi un trauma abdominal et souffert de multiples fractures. À tous ces maux viendront s’ajouter plus tard un choc post-traumatique et des troubles cognitifs.
Une longue convalescence
C’est Isabella qui reprend connaissance la première, une dizaine de jours après l’accident. « J’avais le visage si enflé que je ne pouvais pas ouvrir les yeux, se rappelle-t-elle. Malgré tout, j’étais convaincue que je retournerais travailler au mois d’août. J’étais dans le déni, je ne comprenais pas ce qui était arrivé. » Son amoureux refait surface le 29 juillet après un coma artificiel provoqué par les médecins en raison de son état. C’est à ce moment qu’il apprend qu’Alain n’a pas eu la même chance qu’eux. « J’avais grandi auprès de lui et, pour moi, il faisait partie de la famille, confie Patrick. Il n’y a pas une journée qui passe sans que je pense à lui. »
Le deuil de cet ami cher n’est pas le seul que devra faire le couple. Les séquelles de l’accident sont sérieuses, et le processus de réadaptation s’annonce long. Patrick entame le sien à l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal et le poursuit à l’Hôpital juif de réadaptation puis au Centre de réadaptation Lucie-Bruneau avant d’être déclaré inapte par la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) en avril 2009. « Je préfère dire “non compétitif pour le marché du travail” », précise celui qui, ironiquement, était conseiller en réadaptation pour la SAAQ avant l’accident.
Le parcours d’Isabella s’avère un peu plus tumultueux. Après avoir fréquenté l’Hôpital du Sacré-Coeur, l’Hôpital de réadaptation Lindsay et le Centre d’évaluation et de réadaptation de l’Est, elle retrouve son emploi de coordonnatrice au service des plaintes et réclamations d’Yves Rocher à l’automne 2007. Cette tentative de retour au travail se solde toutefois par un échec, et la jeune femme est confiée aux bons soins de l’équipe du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau. La SAAQ devrait rendre son verdict final sur sa capacité à travailler en novembre prochain.
Un nouveau départ
Entre les séances de réadaptation, les deux conjoints se forgent tranquillement une nouvelle existence en fonction de leur situation. « Pour moi, c’est comme si j’avais suivi un sentier pendant un certain temps, qu’il s’était terminé et que j’en avais pris un autre, résume Isabella. Il a fallu que j’accepte de faire les choses différemment, d’essayer et de me tromper. » La douleur étant bien gérée, c’est surtout la fatigue qui accable le couple et qui complique un peu son quotidien. « J’ai 38 ans, et Patrick a en 34, mais nous vivons déjà comme des retraités, blague la jeune femme. Mais on ne se juge jamais. C’est l’avantage d’avoir traversé cette épreuve ensemble, dans le même bateau. »
Ces limites physiques n’empêchent toutefois pas Isabella et Patrick de se lancer dans le bénévolat afin d’occuper leurs journées, mais, surtout, pour à leur tour procurer aide et soutien à des personnes qui en ont besoin. « Quand j’ai su que je ne retournerais pas travailler, je me suis demandé ce que je ferais de tout ce temps et ce que j’allais trouver pour me valoriser, explique le jeune homme. J’ai communiqué avec le Centre d’action bénévole de Montréal et, de fil en aiguille, je me suis retrouvé à faire du bénévolat pour le Centre de réadaptation Lucie-Bruneau; j’ai aussi participé à l’aide aux devoirs auprès d’enfants du primaire. »
L’alcool au volant est également une cause qui lui tient à cœur, pour des raisons évidentes. « Puisqu’Alain n’a plus le droit de parole, je me suis donné comme devoir de parler à sa place afin d’aider les gens à réaliser que boire et conduire, ça ne va pas ensemble », explique Patrick, qui s’est entre autres impliqué auprès de Mothers Against Drunk Driving (MADD). Le couple a également témoigné au procès du conducteur responsable de l’accident, qui s’est conclu en avril dernier après 57 mois de procédures. Le jeune homme a reçu une sentence de trois ans d’emprisonnement et a vu son permis de conduire suspendu pour huit ans. « Le père et le frère d’Alain ont trouvé que ce n’était pas beaucoup, admet Patrick, qui précise que sa douce moitié et lui ont fini par pardonner. Mais la justice est une lourde et complexe machine, et nous avons préféré mettre notre énergie ailleurs. »
Isabella a emboîté le pas à son conjoint et œuvre aussi pour le Centre de réadaptation Lucie-Bruneau, mais dans le domaine du soutien technique. « Je me suis tout de suite sentie chez moi quand je suis arrivée là-bas durant ma réadaptation », indique celle qui a remporté le prix Roger-Boucher du bénévole de l’année remis par l’établissement l’an dernier. Le couple a également été porte-parole de l’édition 2010 du salon Prendre sa place, qui rend hommage aux personnes atteintes d’une déficience physique, en plus de participer à des projets pour le Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation (CRIR) sous la houlette de la chercheuse Hélène Lefebvre.
C’est d’ailleurs Mme Lefebvre, qui est également professeure et vice-doyenne à la recherche et au développement international à la Faculté des sciences infirmières de l’UdeM, qui a parlé d’Isabella et de Patrick à Vincent Dumez, le directeur du Bureau facultaire de l’expertise patient partenaire de la Faculté de médecine. Ce dernier les a aussitôt recrutés pour son comité de patients experts. « Ce sont des gens qui ont une attitude réflexive sur ce qui leur est arrivé et qui sont très généreux, commente M. Dumez. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont vécu leur expérience dans un contexte de réadaptation, qui est le milieu le plus avancé actuellement sur le plan du patient partenaire. » Dans le cadre de cette collaboration, les deux conjoints agiront notamment comme tuteurs à l’occasion d’une journée de formation interfacultaire qui rassemblera plus de 1 000 étudiants de troisième année en sciences de la santé, en travail social et en psychologie, le 18 octobre prochain à l’UdeM.
Quand on les interroge sur l’avenir, Isabella parle de voyages au Japon et de pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Patrick, lui, n’a qu’un seul souhait : remonter sur une moto un jour. « Je sais que ma mère n’aimera pas lire cela, déclare celui qui a déjà passé les tests requis auprès de la SAAQ pour conduire une moto à trois roues. Mais dans mon cœur, je demeure un motocycliste. »
Bureau facultaire de l’expertise patient partenaire ›››
Centre de réadaptation Lucie-Bruneau ›››
MADD Canada ›››

Bravo à mon ami d’enfance Patrick et sa conjointe Isabella. Mon fils bénéficie du bénévolat que fait Patrick en l’aidant dans ses devoirs… Une aide très précieuse autant pour mon fils que pour moi ! Merci !
Patrick et Isabella vous êtes fantastiques! Bravo pour votre détermination, votre courage et le besoin d’aider les autres! De plus, vous êtes intelligents, cultivés et avez vraiment fière allure tous les deux! Puisse ce nouveau chemin vous apporter satisfaction et fière de vous-mêmes. Plusieurs auraient baissés les bras devant votre nouvelle réalité, mais pas vous…! Bravo pour votre courage, nous sommes derrière vous ou quelque part au dessus de vous pour vous encourager à continuer d’être les êtres merveilleux que vous êtes!! Sylvie et Marc-Antoine
Oui Sylvie: à 65 pieds au dessus de nous! Seules quelques personnes vont comprendre l’importance de ce nombre… Merci de ce beau commentaire; il nous touche beaucoup. On vous embrasse! Pat&Bella xxx
Voulez-vous bien me dire quelle sorte de photo que c’est ça !!! Hé ! Hé ! Je me demande bien quel fut le commentaire pour vous faire rire de même !
Sérieusement, je vous félicite pour les défis que vous surmontez avec cette bonne attitude et pour votre implication bénévole auprès des différentes organisations.
Je suis extrêmement fièr de toi Pat. Et toi Isabella je suis bien content que tu sois celle que Pat a choisi comme sa partenaire de vie.
Bravo, et à bientôt j’espère.
Pappy Paul
Bravo Isabella et Patrick!
Vous avez su transformer cette grande épreuve en force pour aider les autres. Vous n’êtes peut-être plus « compétitifs sur le marché du travail » mais vous êtes parmi les mieux placés pour comprendre et expliquer ce que vivent les gens qui ont vécu une situation semblable à la vôtre. En ce sens, ce nouveau rôle de patient-expert vous va à merveille. Puissiez-vous éclairer et inspirer de nombreux intervenants et continuer à redonner au suivant. Vous côtoyer est inspirant!
Éliane
Très heureux d’avoir de vos nouvelles. Content d’apprendre qu’il y a des choses derrière vous (le procès) et que d’autres (la décision de la SAAQ), vont se régler sous peu.
Bonne chance à vous deux.
André Frève