Lutte au VIH-sida : Mark Wainberg reçoit un doctorat honoris causa

20 juin 2011
Mark Wainberg | Photo: Jean-François Hamelin

Mark Wainberg, professeur à l’Université McGill et directeur du Centre du sida McGill à l’Hôpital général juif de Montréal, a reçu le 20 juin dernier, lors de la collation des grades  de la Faculté de médecine, un doctorat honoris causa de l’Université de Montréal. C’est le premier doctorat honoris causa remis au Dr Wainberg. Il s’ajoute toutefois à une longue liste d’honneurs qui lui ont été décernés. Il est entre autres officier de l’Ordre du Canada, officier de l’Ordre national du Québec et chevalier de la Légion d’honneur de France.

Le Dr Wainberg est connu mondialement pour avoir établi les propriétés antivirales du 3TC, une molécule utilisée encore aujourd’hui dans la trithérapie. Pourtant, lorsqu’on lui demande ce dont il est le plus fier dans sa carrière, il affirme que c’est d’avoir organisé la Conférence internationale sur le sida en 2000, à Durban, en Afrique du Sud.

Guy Breton, recteur de l'UdeM, Mark Wainberg et Hélène Boisjoly, doyenne de la Faculté de médecine | Photo: Andrew Dobrowolskyj

« En 1998, c’était évident que le virus était surtout africain. Toutefois, les médicaments n’étaient pas tellement disponibles en Afrique », se souvient le Dr Wainberg.

Cette conférence, organisée par la Société internationale du sida, dont Mark Wainberg était président, ne s’était jamais tenue dans une ville africaine.

« Finalement, la conférence a bénéficié d’une très grande couverture médiatique. Les gens ont commencé à réaliser que si nous ne donnions pas d’antiviraux aux Africains, ils allaient tous mourir! C’était une décision politique et ça a influencé le monde entier. Aujourd’hui, l’accès aux médicaments en Afrique s’est amélioré, même si ce n’est pas parfait », affirme Mark Wainberg.

Pourtant, les organisateurs de la conférence ne se sont pas fait que des amis en Afrique. « Le président d’Afrique du Sud de l’époque, M. Mbeki, a déclaré en réaction à la tenue de la conférence que le VIH ne causait pas le sida », indique le Dr Wainberg, qui avait alors dénoncé publiquement ces propos.

Un pionnier au Canada

Né à Montréal en 1945, Mark Wainberg a été le premier Canadien à obtenir le virus pour l’étudier en laboratoire en raison des liens qu’il avait tissés avec le Dr Robert Gallo, de l’Institut National du Cancer de Bethesda.

« En 1980-1981, j’avais pris une année sabbatique de McGill pour travailler dans le laboratoire du Dr Gallo. C’était avant la publication dans la littérature d’un premier cas clinique de VIH. Par la suite, le travail du Dr Gallo a contribué de façon importante à l’essor des techniques qui ont permis d’isoler le virus. Une fois le virus isolé, j’ai demandé au Dr Gallo de me le fournir. Il l’a fait tout de suite », raconte le Dr Wainberg, auteur de plus de 450 articles scientifiques.

Le 3TC

Cette longueur d’avance a permis à Mark Wainberg de travailler avec Biochem Pharma pour tester le 3TC.

Hugo Soudeyns, professeur au Département de microbiologie et immunologie de l’UdeM, a travaillé à l’époque dans le laboratoire du Dr Wainberg.

« En établissant les propriétés du 3TC, le Dr Wainberg a contribué à ce qu’on peut appeler la plus grande découverte biopharmaceutique québécoise de tous les temps. Ne serait-ce que sur le plan du nombre de vies sauvées, il s’agit d’une contribution phénoménale. Avant le 3TC, les gens ne survivaient pas au sida. Cette molécule a formé la base de la trithérapie qui fait que la maladie est maintenant gérable sur le long cours et que les gens atteints ont une qualité de vie », affirme le Dr Soudeyns.

La résistance

Mark Wainberg a presque consacré sa carrière au phénomène de résistance du virus aux médicaments. Il est d’ailleurs président du comité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui se penche sur la problématique de la résistance.

« Nous avons été l’un des premiers laboratoires à reconnaître ce problème majeur. Nous étions donc bien placés pour mettre au point un test afin de déterminer si le virus est résistant ou non chez les patients », indique-t-il.

Le Dr Wainberg a élaboré ce test en collaboration avec le Dr Michel Roger, professeur au Département de microbiologie et immunologie, à l’UdeM. Le test est maintenant offert en collaboration par le Centre hospitalier de l’UdeM (CHUM) et le Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

La collaboration

Le Dr Wainberg est connu pour posséder un grand réseau de collaborateurs. Lorsqu’il a été nommé directeur du Réseau sida et maladies infectieuses du Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), un regroupement de chercheurs multidisciplinaires, il a souhaité partager son poste avec un chercheur de l’UdeM. Ce fut d’abord le Dr François Coutlée, puis le Dr Jean-Guy Baril.

« L’une des forces du Dr Wainberg, c’est qu’il a travaillé autant avec des professionnels de McGill, de l’UdeM et d’ailleurs, mais aussi avec des gens des milieux cliniques et des sciences sociales », indique le Dr Baril qui pratique à la Clinique médicale Quartier Latin.

Par exemple, Mark Wainberg a implanté, avec le Dr Roger, le projet SPOT, le premier test de dépistage rapide, gratuit et anonyme du VIH en milieu communautaire.

Les efforts se poursuivent

Mark Wainberg demeure également toujours soucieux de faire circuler l’information sur le VIH-sida dans les médias et dans la communauté scientifique. En 2006, il a coprésidé la Conférence internationale sur le sida, à Toronto, qui a attiré plus de 20 000 personnes, un record. Il n’a pas manqué de critiquer le premier ministre canadien, Stephen Harper, qui avait brillé par son absence à l’ouverture de la conférence.

Le Dr Wainberg a aussi créé, au début des années 2000, les Journées québécoises VIH et la Conférence francophone VIH-sida.

« Je suis très dévoué à la francophonie et, d’ailleurs, j’entretiens de très bonnes relations avec les chercheurs français. J’avais envie d’organiser des conférences en français, et ce fut un grand succès. Ça se poursuit depuis. C’est important aussi parce que ça remet le VIH-sida à l’ordre du jour », indique-t-il.

Parce que même si la recherche en VIH-sida progresse, il reste encore beaucoup à faire. « Le VIH-sida s’apparente maintenant à une maladie chronique puisqu’on peut vivre très longtemps avec elle, alors qu’avant, c’était la mort rapide. Il y a eu beaucoup de progrès, mais ce n’est pas suffisant. Le but, c’est de guérir complètement la maladie et de l’éradiquer. Il faut un vaccin. Pour y arriver, il faudra mener encore beaucoup de recherche. Je ne suis pas près de la retraite. »

Commentaires

  1. Le Dr Weinberg est également un excellent professeur.
    Son enseignement dynamique m’a certainement incitée à poursuivre des études supérieures en recherche.

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