
Un nombre important d’enfants, nés par procréation assistée, suite à des dons de sperme et d’ovules, a atteint aujourd’hui l’âge adulte. Parmi eux, nombreux sont ceux qui expriment le besoin de connaître leurs origines génétiques. Occupés à aider leurs patients à fonder leurs familles, les experts en fertilité étaient peu préparés à cette conséquence de leur pratique médicale. Aujourd’hui le droit de savoir des enfants nés suite à des dons de gamètes est au cœur de débats animés dans les milieux académiques, associatifs et législatifs. Alors que la plupart des pays protègent encore l’anonymat des donneurs de sperme et d’ovules, un mouvement en faveur de la divulgation des informations les concernant prend de l’ampleur dans le monde. Vardit Ravitsky, professeur adjointe au Département de médecine sociale et préventive, s’est penchée sur les aspects éthiques entourant cette question dans un article récemment paru dans le Minnesota Journal of Law, Science & Technology et dans Medical Ethics (version courte).
Aspects médicaux
L’un des aspects identifiés par Vardit Ravitsky comme problématique est l’aspect médical: » les individus conçus grâce à un don de gamète peuvent avoir un intérêt médical à disposer d’informations sur les donneurs, pour prendre des décisions d’ordre préventif, reproductif ou pour toute prise de décision relative à un diagnostic. » Dans certains cas, des donneurs peuvent être porteurs de mutations génétiques dont les conséquences médicales se révéleront bien des années après le don. « Disposer d’informations médicales pertinentes sur les donneurs n’implique pas forcément de divulguer leur identité et peut s’avérer d’une grande utilité. Des archives rassemblant ces informations peuvent s’avérer coûteuses, mais elles sont éthiquement impératives. »
Aspects identitaires et relationnels
Les individus nés suite à des dons de gamètes, expriment souvent leur besoin de connaître des éléments biographiques relatifs à leurs donneurs. Ils souhaiteraient entendre des histoires, voir des photos, bref, pouvoir se construire un récit personnel autour de la personne inconnue dont ils sont génétiquement issus. « La plupart des banques et des programmes de procréation assistée offrent une information de base sur les traits physiques et les origines des donneurs. Ces information peuvent aider les individus à combler un vide et représentent un moyen de minimiser les dommages subis par les descendants. Là aussi, ces mesures peuvent être prises sans divulguer l’identité des donneurs. » explique V. Ravitsky.
Lorsque l’identité du donneur est connue, se pose évidemment la question de la prise de contact et de la recherche d’une potentielle relation entre enfant et donneur. « Cela soulève du même coup la question de l’immense déception et du désarroi qui peut faire suite au refus des donneurs d’entrer en contact. Les politiques qui bannissent le don anonyme et qui permettent la divulgation de l’identité des donneurs sont aujourd’hui encore controversées. Certains pensent que le nombre de dons diminuerait drastiquement si des politiques de divulgation se mettaient en place et créeraient du tort aux personnes ayant besoin d’un don. D’autres pensent qu’on passerait d’une logique de compensation monétaire liée au don à une logique plus altruiste. Il faut relever qu’aujourd’hui plusieurs banques de sperme offrent des options d’anonymat et de divulgation. », commente V. Ravitsky, qui conclut ainsi son article: « le droit à connaître ses origines génétiques peut, au moins pour certains aspects importants, être honoré sans compromettre le droit du donneur à rester anonyme ».
Lire l’article paru dans le Minnesota Journal of Law, Science & Technology ›››
Source: ÉSPUMzoom
