Se battre pour le régime de santé public

5 avril 2011
Nicolas Demers et Émilie Rochette

On entend souvent dire que la jeune génération est individualiste et non engagée socialement ou politiquement. Rien de plus faux à la Faculté de médecine de l’UdeM, où la première aile jeunesse de Médecins québécois pour le régime public (MQRP) a été créée à l’initiative d’Émilie Rochette et de Nicolas Demers, deux étudiants de première année en médecine.

« La portion des dépenses liées à l’assurance maladie (médecins et hôpitaux) est stable, voire en diminution, depuis les 25 dernières années. Les dépenses qui augmentent sont les dépenses privées consacrées aux technologies et aux médicaments. Le privé est le principal responsable des dépenses à la hausse en santé. »

On peut lire ces renseignements, tirés d’une étude de l’Institut d’information sur la santé, sur une affiche accrochée au mur du café étudiant l’Intermed, au pavillon Roger-Gaudry.

Une exposition ayant pour titre Quand la santé devient un luxe a aussi été montée dans les escaliers qui mènent au café. On y lit des témoignages de médecins qui ont été confrontés à des cas de patients qui ne pouvaient avoir accès à des soins parce qu’ils n’étaient pas couverts par l’assurance maladie ou dont le nom figurait trop loin sur la liste d’attente.

Voilà quelques exemples de moyens pris par l’aile jeunesse de MQRP pour sensibiliser les étudiants en médecine à l’importance d’avoir un régime public de santé fort.

« Avec ce genre d’initiatives, nous voulons déconstruire les mythes. Comme celui que le système de santé public est en train de s’écrouler avec le vieillissement de la population. Ou celui selon lequel l’augmentation des coûts n’est pas maîtrisée et que le privé est la solution », affirme Nicolas Demers, 20 ans.

Investir du temps

Les deux étudiants n’hésitent pas à donner le temps qu’il faut à la cause, soit de 5 à 10 heures chaque semaine. Quelle est leur principale préoccupation lorsqu’il est question du privé en santé ?

« La manipulation des chiffres, affirme Émilie. D’ailleurs, c’est ce qu’on voulait dénoncer avec l’affiche. »« Le privé profite du désinvestissement de l’État, renchérit Nicolas. On est en train de vouloir créer une forme de concurrence entre les hôpitaux publics et les cliniques privées, alors que ça ne peut pas fonctionner. On n’est pas à la Bourse ! On parle de la santé des gens. Le privé draine les ressources du public et soigne seulement ceux qui en ont les moyens, alors que ce sont les populations les plus défavorisées qui éprouvent le plus de problèmes de santé. Et s’il arrive des complications, le privé envoie ses patients au public parce qu’il n’est pas équipé pour s’en occuper ! »

Une question morale

Si le Québec décidait d’opter davantage pour le privé, les deux étudiants affirment qu’ils se retrouveraient devant un grand problème moral.

« Ce serait comme perdre espoir dans les valeurs qui m’ont poussé à aller en médecine, comme l’accessibilité des soins et l’égalité », affirme Nicolas Demers qui souhaite devenir médecin de famille et pratiquer auprès de populations vulnérables.

« En tant que futurs médecins, nous voulons avoir les moyens de bien soigner tous les patients indépendamment de leur statut socioéconomique », affirme Émilie qui désire faire avancer la recherche dans le domaine de la médecine pour mettre en œuvre de nouvelles façons de soigner les patients et pour améliorer leur qualité de vie.

D’ailleurs, les deux étudiants ne nient pas que le système de santé public québécois est loin d’être parfait, notamment en ce qui a trait à l’accessibilité des soins. Il est facile de critiquer le privé, mais que proposent-ils à la place pour améliorer la situation ?

« Il faut gérer ce qu’on paye pour les médicaments, comme d’autres pays le font, affirme Émilie. C’est la partie de l’augmentation des dépenses en matière de santé qui est hors de maîtrise. »

« Avec les économies réalisées, on pourrait réinvestir dans l’équipement, le matériel et dans les conditions de travail, parce qu’on ne peut pas toujours demander aux gens de faire plus avec moins. À un moment donné, c’est le patient qui en paye le prix », ajoute Nicolas.

Étendre le débat

C’est un peu par hasard si Émilie et Nicolas se sont retrouvés à militer au sein de MQRP. « Émilie et moi avons travaillé l’été dernier à réaliser une enquête sur les centres médicaux spécialisés pour le MQRP. Rapidement, nous nous sommes rapprochés de l’essence de la cause. Ça nous a frappés de voir ces médecins, vraiment inspirants, tous assis à une table et discuter pendant des heures des problématiques du système de santé et d’essayer de leur trouver des solutions publiques », raconte Nicolas.

« Nous avons finalement avancé l’idée de créer une aile jeunesse parce que nous trouvions que ça manquait et qu’il serait bon de lancer le débat auprès de la population étudiante », affirme Émilie.

Et les étudiants en médecine de l’UdeM ont répondu à l’appel ! L’aile jeunesse a donc été créée l’automne dernier, et MQRP a créé deux postes étudiants à son conseil d’administration. Émilie et Nicolas y siègent.

« Nous assistons aux assemblées générales, nous sommes écoutés et impliqués dans toutes les décisions, nous participons aux travaux sur les différents projets, en plus de faire nos activités de sensibilisation à l’UdeM et dans d’autres universités », explique Nicolas.

« Nous écrivons aussi dans Le Pouls, le magazine des étudiants en médecine de l’UdeM et dans le Bulletin de santé mondiale, le journal de la division québécoise de l’International Federation of Medical Student’s Associations qui est distribué dans les autres facultés de médecine du Québec. C’est intéressant, parce que ça nous permet de lancer la discussion hors de nos murs », affirme Émilie.

D’ailleurs, une autre aile jeunesse de MQRP devrait être créée à l’Université Laval au cours du mois d’avril. « Par la suite, ce sera McGill et Trois-Rivières, ajoute Émilie. Nous voulons aussi étendre le débat dans toutes les facultés de médecine au Québec, parce que ça concerne l’ensemble des médecins. »

Commentaires

  1. Félicitations , c est un très bon article il devrais être publié dans les autres journaux

    vous pourriez avoir un appuis de taille, donc la population

    merci Chantal

  2. La meilleure manièere de sauver le systèeme de santé public est
    1- Pour les étidiants en médevcine,Choisir massivement la pratique de médecine générale et devenir médecin en région ou les besoins sont énormes
    1- Reconnaitre ASAP les compétences des médecins étrangers et leur permettre de pratiquer TOUT DE SUITE.

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