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C’est à l’âge de trois ans qu’André Gagnon a commencé à jouer du piano. On peut affirmer que l’instrument a grandement forgé l’identité de cet artiste de renommée internationale, dont la carrière professionnelle dure depuis plus de 50 ans. Or, il y a quelques années, André Gagnon pensait bien que cette partie de sa vie était derrière lui. Atteint de la maladie de Dupuytren, il a vu sa main droite se refermer graduellement sur elle-même, l’empêchant ainsi de jouer du piano. C’est grâce au Dr Patrick Harris, chirurgien de la main au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), qu’André Gagnon a pu retrouver sa vie de pianiste, mais aussi sa vie tout court!
Une des premières choses qu’André Gagnon a dites au Dr Harris en entrant dans son bureau, c’est que personne ne lui ouvrirait la main! Était-ce à cause d’une peur viscérale des médecins?
« Non, mais vous savez, pour un pianiste, subir une chirurgie à la main, c’est plutôt inquiétant », confie André Gagnon.
Une attitude qui n’a démonté en rien le Dr Harris : « Personne ne va consulter un chirurgien comme on va voir un coiffeur. Ce n’est jamais un plaisir. C’est plutôt un mal nécessaire. Les gens ont toujours des appréhensions », affirme-t-il.
La maladie et son traitement
Même si la maladie de Dupuytren, dont l’apparition est souvent liée à un facteur génétique, n’est pas mortelle, elle peut être très gênante. Particulièrement pour un pianiste qui doit écarter ses doigts largement.
« Avec la maladie de Dupuytren, les filaments qui attachent la peau aux structures en profondeur comme les tendons et les os épaississent et se contractent, ce qui entraîne un déficit de mobilité. Lorsqu’on opère, on localise les structures anormales et on les enlève », explique le chirurgien.
Même si cette intervention n’est pas considérée comme complexe, à moins que la maladie ne soit rendue à un stade très avancé, elle comporte sa part de risque, comme toute chirurgie.
« On peut toujours être pire après une chirurgie qu’avant. Ça arrive à une personne sur 20. Il y a toujours des risques liés à l’anesthésie et aux infections; la maladie peut aussi reprendre de la force à la suite du traumatisme que représente la chirurgie. Le succès d’une intervention est aussi fortement lié à la phase de rééducation, qui représente au moins 50 % du traitement », ajoute le Dr Harris.
Toutefois, on ne guérit jamais de la maladie de Dupuytren. « Avec la chirurgie, on essaye de limiter ses effets néfastes. Mais les récidives sont possibles, et il peut arriver qu’un patient ait besoin d’une seconde opération », indique le chirurgien.
Se lancer
Au fil de ses rencontres, André Gagnon a pu bâtir une relation de confiance avec le chirurgien, qui lui a expliqué les risques et les bienfaits possibles de passer sous le bistouri.
« On ne force pas un patient à se faire opérer, affirme le Dr Harris. C’est lui qui doit prendre la décision après s’être fait expliquer les risques potentiels de l’intervention et après avoir évalué les conséquences de la maladie sur sa vie. Parce qu’il ne faut pas oublier que quelqu’un qui perd l’usage de ses mains perd aussi une partie de son humanité. »
Un élément important a joué dans la décision d’André Gagnon de se faire opérer la main : avec la progression de la maladie, il a un jour été incapable de jouer du piano.
« Devant cette nouvelle réalité, l’opération est devenue plus acceptable. Et ce n’était pas uniquement pour le piano, parce que je m’étais fait à l’idée, mais une main droite, c’est important lorsqu’on est droitier! Il faut dire aussi que le Dr Harris a été très rassurant », indique M. Gagnon.
Un jour, il a donc pris la décision de s’abandonner entre les mains de son chirurgien. Une étape difficile? « Pas du tout, à partir du moment où j’ai compris qu’il fallait que je me fasse opérer. Je n’avais plus rien à perdre », indique le pianiste.
La renaissance
André Gagnon fait partie des personnes qui ont répondu favorablement à la chirurgie, soit 95 % des opérés. Une fois sorti de l’hôpital, il a effectué chez lui les exercices prescrits par les ergothérapeutes, et plus encore.
« J’ai regardé mon piano pendant un certain temps et, peut-être un mois après, je me suis assis et j’ai recommencé à jouer. J’étais un peu raide au début, c’est certain, d’autant plus qu’avant l’opération, j’ai été au moins deux ans sans jouer », explique l’artiste.
« Dans le fond, ce qu’on veut que les patients fassent après l’opération, c’est bouger beaucoup leurs doigts. Le piano, nous en étions donc très heureux! Dans la vie de tous les jours, on n’écarte généralement pas les doigts comme on le fait en jouant du piano », remarque le Dr Harris.
André Gagnon a-t-il parfaitement retrouvé la mobilité de sa main ? « On ne récupère jamais à 100 % après une chirurgie qui laisse bien sûr des cicatrices », précise le chirurgien.
« C’est certain qu’il y a des choses que je ne peux plus jouer. Je n’ai pas recouvré toute la souplesse que j’avais lorsque j’étais jeune, mais comme je suis auteur-compositeur, je connais les positions de main à éviter. Mais l’opération a tout changé pour moi. J’ai recommencé à aimer le piano! », s’exclame celui qui a ainsi renoué avec son identité de pianiste.
Les chemins ombragés, son plus récent album sorti l’automne dernier après un silence de sept ans, André Gagnon affirme le devoir à son chirurgien. Son retour sur scène également.
« J’avais fait mon deuil, mais j’ai recommencé à avoir envie de jouer une fois que j’avais retrouvé mes capacités et je continuerai aussi longtemps que j’en aurai envie. J’en suis très heureux. Et ce qui est merveilleux, c’est qu’après un long silence, le public est toujours là », se réjouit-il.
L’artiste craint-il une récidive ? « Pas depuis que je connais le Dr Harris! Je commence parfois à sentir quelque chose dans ma main gauche, mais je ne suis pas inquiet. C’est certain que je ne souhaite pas avoir besoin d’être réopéré, mais si ça devenait aussi inconfortable qu’auparavant, je n’hésiterais pas une minute », conclut-il.
