
La Faculté de médecine de l’UdeM a choisi récemment de faire du patient un véritable partenaire de soins. Voilà une belle image de marque, mais concrètement, qu’est-ce que cela signifie?
« Il faut prendre le temps d’expliquer les choses au patient ou à sa famille. L’idée, c’est de le traiter comme une personne intelligente dotée d’une base de connaissances et que nous devons conseiller pour qu’elle gère bien sa maladie », indique le cardiologue Jean Rouleau qui, jusqu’à tout dernièrement, était doyen de la Faculté.
N’est-ce pas déjà une pratique répandue? « Oui, mais ce n’est pas toujours à la hauteur de nos souhaits. Ça dépend des individus et des secteurs. En nutrition et en sciences infirmières par exemple, ils sont généralement assez avancés en ce sens. C’est probablement chez les médecins qu’il y a le plus de chemin à faire », affirme le Dr Rouleau.
Une percée incroyable

Lorsque Daniel Lamarre a pris connaissance de la position adoptée par la Faculté de médecine de l’UdeM à l’égard du patient partenaire, il a été agréablement surpris. « Il s’agit d’une façon de rapprocher la médecine des gens, et je trouve que c’est une excellente idée. Souvent, lorsqu’on consulte, on se fait inonder de termes médicaux; le fait que quelqu’un comme Jean Rouleau, avec son équipe, décide d’adopter un langage plus près des patients est une percée incroyable. C’était la première fois que j’entendais des gens du milieu médical véhiculer cette approche. »
Pour M. Lamarre, qui a beaucoup fréquenté les hôpitaux pour des raisons familiales, il était temps qu’on s’oriente vers des valeurs plus humaines. « Je crois que c’est un pas dans la bonne direction. C’est essentiel qu’on commence à intégrer l’approche du patient partenaire dès l’université, parce que c’est là qu’on forme nos futurs médecins. Ils doivent être sensibilisés très tôt aux enjeux humains que les gens vivent lorsqu’ils fréquentent les hôpitaux. »
Daniel Lamarre estime aussi que même si l’on entend toujours parler de choses qui vont mal dans le système de santé, on se doit d’être reconnaissant envers le personnel qui y travaille et qu’il est bon de le rappeler à la population.« Ces gens-là sauvent des vies tous les jours, et l’on n’en parle pas! C’est comme si c’était quelque chose de normal, de banal. Pourtant, il n’y a rien de plus fondamental dans la vie que la vie! Je trouve mon travail extrêmement banal comparativement à ce qui se fait dans les hôpitaux. »
Et, bien sûr, qui dit patient partenaire dit médecine personnalisée. « Prenons un homme qui a subi un infarctus. S’il a 46 ans, qu’il navigue dans Internet et qu’il est mobile, on devra intervenir très différemment que s’il a 88 ans, qu’il n’a jamais été sur Internet, qu’il éprouve des difficultés de lecture, en plus de problèmes de mobilité, de diabète et de mémoire. Pour nous, la médecine personnalisée, c’est tout ça. Ça ne se limite pas à la génomique », explique le cardiologue.
Les suites de l’interdisciplinarité
L’idée de ce positionnement est venue lorsque les spécialistes ont commencé à travailler en interdisciplinarité.
« On s’est mis à constituer de belles équipes autour des patients, raconte le Dr Rouleau. Par exemple, on a commencé à recommander à quelqu’un qui souffre de problèmes cardiaques de consulter un kinésiologue pour se bâtir un programme d’exercices et une nutritionniste pour améliorer son alimentation. De cette façon, le patient est au centre des préoccupations, mais cela ne signifie pas qu’il est impliqué autant qu’il le devrait. »
À ses yeux, il ne faut pas oublier un aspect fondamental : « Au fond, le boss, c’est le patient! Les professionnels de la santé sont là pour le conseiller et lui donner des outils, mais c’est lui qui décide. On doit donc développer les compétences nécessaires chez les étudiants et même chez les praticiens actuels pour être capable d’inclure le patient dans les stratégies », indique le Dr Rouleau, précisant que la Faculté de médecine de l’UdeM est la première dans le monde à prendre ce virage.
Des modifications en cours
Pour atteindre ces objectifs, la Faculté revoit actuellement tous ses programmes. « Les solutions conçues par les étudiants pour s’attaquer aux problèmes devront impliquer le patient et, s’il y a lieu, sa famille. Cet aspect sera évalué et deviendra essentiel pour obtenir la note de passage », soutient le Dr Rouleau.
Il s’attend à ce que ces modifications soient complétées d’ici deux ou trois ans. Le Réseau universitaire intégré de santé (RUIS) de l’UdeM participe également au processus.
« Tous les hôpitaux affiliés et les agences de santé ont accepté avec enthousiasme de travailler au développement de l’approche du patient partenaire dans leur milieu. Mais on ne réalise pas ça du jour au lendemain. Il y a tout un apprentissage à faire. Pour y arriver, nous travaillons avec des patients partenaires experts que nous avons choisis parce qu’ils ont beaucoup fréquenté les milieux hospitaliers et qu’ils ont acquis une véritable expertise », explique le Dr Rouleau.
Ces patients partenaires experts pourront aussi participer à différents projets de recherche. « Parce que, là aussi, les chercheurs travaillent à améliorer les soins donnés aux patients, mais très souvent, ils ne les impliquent pas dans leurs projets. Les patients partenaires experts deviendront des ressources très importantes », croit l’ancien doyen.
C’est donc une Faculté en pleine mutation qu’a laissée le Dr Rouleau pour diriger l’Institut de la santé circulatoire et respiratoire des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Est-il inquiet de la suite des choses?
« Pas du tout! C’est l’équipe de vice-doyens et de directeurs de départements qui met en place toute cette stratégie. La gestion est très décentralisée. Je n’ai fait que les appuyer. D’ailleurs, j’ai bien hâte de mettre en application dans ma pratique à l’Institut de cardiologie toute l’expertise qui sera réalisée avec cette nouvelle approche. »
