Valorisation de la médecine familiale : agir sur plusieurs fronts

5 octobre 2010
Stephen diTommaso

Fausse image, pratique méconnue, conditions de travail peu enviables, maigre prestige : la médecine familiale aurait-elle si mauvaise presse ? « Ce sont des soigneux de grippe », « ils se trompent une fois sur deux dans leurs diagnostics », « ils n’étaient pas assez bons pour se spécialiser » : voilà aussi le genre de commentaires entendus dans les universités et les hôpitaux qui peuvent décourager plusieurs étudiants de se diriger vers la médecine familiale. Comment redorer l’image de cette pratique indispensable ?

Bien consciente qu’elle peut agir seulement sur certains fronts, la Faculté de médecine de l’Université de Montréal a décidé de prendre différents moyens pour valoriser la médecine familiale et tenter d’y intéresser plus d’étudiants.

« Un des changements importants que nous avons apportés, c’est d’augmenter la durée du stage en médecine familiale. À partir de cette année, les étudiants passeront donc deux mois au lieu d’un en stage avec des médecins de famille », indique le Dr Stephen Di Tommaso, président du comité de valorisation de la médecine familiale à la Faculté de médecine de l’UdeM.

Cela permettra d’exposer davantage les étudiants à la médecine familiale avant qu’on leur demande de faire leur choix de résidence.

Pour la Dre Louise Authier, directrice du programme de résidence en médecine familiale, il était grand temps de procéder à ce changement. « Les étudiants en médecine sont très peu exposés à la médecine familiale. Nous étions la dernière faculté de médecine au Québec à offrir un stage en médecine familiale si court. Nous nous sommes donc rattrapés par rapport aux autres, mais deux mois demeurent insuffisants pour que les étudiants comprennent vraiment ce que sont les soins de première ligne », affirme-t-elle.

Le Dr Di Tommaso appelle tout de même à la prudence en matière de stages. «Il faut faire attention aux effets pervers. Lorsque nous consultons les étudiants, nous nous rendons compte qu’ils aiment beaucoup le stage en médecine familiale. Par contre, la principale critique est qu’il y a des redondances. À la fin du stage, les étudiants commencent à revoir les choses qu’ils ont vues au début. Il faut donc éviter à tout prix d’alourdir le stage. »

Pour éviter ce piège, l’ordre de varier la nature des stages a donc été donné aux milieux d’accueil.

Les GIMF

Des étudiants tentent aussi de mieux faire connaître la médecine familiale à leurs pairs. Réunis dans les Groupes d’intérêt en médecine familiale (GIMF), des organismes créés par le Collège des médecins de famille du Canada dans les facultés de médecine du pays, ils organisent différentes activités.

« Nous voulons accroître l’exposition des étudiants à la médecine familiale et améliorer l’image de la pratique. Nous voulons le faire chez ceux qui sont intéressés à la médecine familiale, mais aussi, chez ceux qui ne le sont pas, parce que les médecins spécialistes et les médecins de famille sont toujours en contact », explique Marie-Pierre Codsi, présidente du GIMF du campus Montréal.

Dans la métropole comme au campus Mauricie, les activités du GIMF sont semblables. On propose entre autres des conférences où des médecins de famille sont invités à venir parler de leur pratique. On planifie également des skills day, où les étudiants apprennent à faire des actes que posent les médecins de famille, comme des points de suture et des biopsies. Des soupers-causeries avec des médecins de famille sont aussi offerts et, depuis l’an dernier, un symposium annuel provincial est organisé.

Un code d’éthique

L’UdeM a également pris la décision d’utiliser un moyen plus coercitif pour améliorer l’image de la médecine familiale : un code d’éthique sera bientôt finalisé. « Il y sera question de tout ce qui touche au dénigrement de la médecine familiale, mais aussi, de façon plus large, aux questions de harcèlement, que ce soit sur des motifs de sexe ou de race », explique le Dr Di Tommaso.

Dorénavant, il n’y aura plus de flou. « Le harcèlement et les blagues plates ne seront plus acceptés. Cela fera-t-il en sorte qu’on arrêtera de dénigrer la médecine familiale? Je ne sais pas. Mais au moins, nous aurons une politique sur laquelle nous appuyer s’il arrive quelque chose », ajoute-t-il.

À quand les résultats concrets ?

Mise en œuvre d’un code d’éthique, appui aux GIMF, stage en médecine familiale de deux mois avant le choix de résidence : voilà justement quelques-unes des recommandations émises par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) dans son plan d’action pour valoriser la pratique de la médecine familiale. Le Dr Louis Godin, président de la FMOQ, peut-il pour autant se dire satisfait des actions menées par la Faculté de médecine de l’UdeM ?

« C’est un très grand défi que nous donnons aux universités. Ces changements demandent beaucoup d’efforts, beaucoup d’organisation, alors il y a encore du travail à faire, mais l’UdeM a posé des gestes qui vont dans la bonne direction », affirme-t-il.

Et bien sûr, en plus des recommandations faites aux facultés de médecine, le plan d’action en contient d’autres qui touchent à l’organisation des soins et à la rémunération. « Ce n’est pas une mesure qui va régler le problème, mais un ensemble de mesures », ajoute le Dr Godin.

Le comité de valorisation de la médecine familiale à la Faculté de médecine de l’UdeM est conscient de cette réalité, mais il poursuit ses efforts là où il peut avoir un impact. Il s’est donné comme objectif de faire passer de 40 à 50 % le nombre d’étudiants en médecine qui choisissent de se diriger vers la médecine familiale.

« Les résultats de nos premiers efforts, amorcés en 2006, auraient dû commercer à se faire sentir cette année, mais rien n’a changé. Est-ce parce qu’il est encore trop tôt ? Peut-être », indique le Dr Di Tommaso.

La Dre Authier demeure pour sa part convaincue que ce n’est qu’une question de temps. « Je ne pense pas que les résultats seront visibles avant trois ans. On ne change pas les façons de voir les choses et les mentalités si vite que ça. »

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