Mathieu Gaudet, un médecin loin des stéréotypes

5 octobre 2010

Pour vous, un médecin, est-ce quelqu’un de très sérieux, rationnel, terre-à-terre, complètement envahi par son travail et, à la limite, un peu terne? C’est parce que vous ne connaissez pas Mathieu Gaudet, résident en médecine familiale à l’Hôpital de Verdun, docteur en musique et pianiste professionnel. Tout cela, à seulement 33 ans. Portrait d’un homme au parcours hors du commun.

« C’est certain que je n’ai jamais arrêté. Je n’ai jamais eu un travail ordinaire avec un salaire de 50 000 $ par année et mes soirées libres pour écouter la télé. Je ne ferai jamais ça d’ailleurs! », s’exclame M. Gaudet, rencontré sur une terrasse ensoleillée quelques heures avant le début de son quart de travail à l’hôpital.

À ses yeux, la médecine et la musique ont en réalité plusieurs points en commun. « Il faut bûcher, être organisé et réfléchi pour être musicien. C’est aussi cérébral qu’être médecin, sinon plus! Lorsque vient le temps de jouer devant le public, en revanche, c’est le temps d’être inspiré et de communiquer. Pour devenir médecin, il faut aussi apprendre et bûcher, mais lorsqu’on rencontre les patients, il faut savoir communiquer, se montrer rassurant, compréhensif et empathique. Comme pour le musicien, être médecin demande une sensibilité », remarque le résident.

Un étudiant, deux disciplines

Mais comment peut-on arriver à avoir en poche deux doctorats à 33 ans? Rien de plus simple pour Mathieu Gaudet : il a mené ses études dans les deux disciplines en même temps!

Natif de Rimouski, il entre au Conservatoire de musique vers 14 ans et, rapidement, il prend de l’avance dans ses cours.  « C’est ce qui est bien avec le Conservatoire. Ils ne nous font pas poireauter. Si l’on est bon, on avance dans notre formation musicale, peu importe notre âge », explique le pianiste.

Il fait donc son DEC en sciences pures en même temps qu’il poursuit un baccalauréat en musique. Il continue ensuite ses études en musique à l’Université Johns Hopkins, à Baltimore, puis à l’école Glenn Gould de Toronto, avant de revenir au Québec pour faire son doctorat en interprétation à l’Université de Montréal.

Penser qu’il allait s’en tenir à cela était mal connaître Mathieu Gaudet. En effet, un an après le début de son doctorat, alors qu’il en a profité pour enchaîner tous les séminaires, il entre en médecine.

« Pour terminer mon doctorat en musique, il ne me restait qu’à faire du travail d’interprétation, donc essentiellement à jouer du piano! Je profitais donc de mes moments libres dans mon horaire de cours en médecine pour rencontrer mon professeur de musique qui me donnait ses commentaires sur mon interprétation. Heureusement, le programme de médecine à l’UdeM donne beaucoup d’autonomie grâce à son approche d’apprentissage par problème. »

Par contre, les deux années de stage en externat se sont révélées plus difficiles pour Mathieu Gaudet, qui devait trouver de la place pour loger la musique dans son horaire. « Je devais faire cinq ou six jours par semaine de stage, donc c’était très demandant. Heureusement, pour me permettre de poursuivre mes projets en musique, l’UdeM a accepté de me donner trois fois des congés de médecine d’un mois pour aller en tournée. J’ai donc toujours réussi à faire des concerts. J’en ai besoin, c’est mon oxygène! »

Le choix de la médecine familiale

Pourquoi alors ne pas se contenter de la musique? Ce désir d’étudier toujours davantage est-il un héritage familial? « Pas vraiment. Je viens d’une famille de classe moyenne, avec des parents baby-boomers. Ils ont grandi quand même relativement dans la pauvreté, et c’est clair que l’éducation a toujours été une priorité pour eux. Mais ils m’ont toujours dit de faire ce que je voulais pour être heureux. »

Même si la musique demeure sa première passion, Mathieu Gaudet a un jour ressenti le besoin de faire autre chose, d’élargir ses horizons. « Autant j’aime le monde de la musique, autant je trouve que c’est un monde détaché de la réalité. Je voulais voir ce que faisaient les 99,9 % de gens dans le monde qui ne font pas de musique. Et la médecine, c’est très concret », explique-t-il.

Et pourquoi avoir choisi la médecine familiale? « C’était clair pour moi dès le départ lorsque j’ai choisi de devenir médecin. Toutefois, au cours de mes études, je suis littéralement tombé en amour avec la chirurgie. Je me suis retrouvé vraiment déchiré. Mais la chirurgie, c’est encore plus d’années d’études et encore plus de compromis par rapport à la musique, alors que je considère que j’en ai déjà fait beaucoup. »

Finalement, il est satisfait de son choix puisque la médecine familiale offre une pratique très variée. « Je suis allé en stage en Inde, en Afrique et dans le Nord-du-Québec, et les médecins en font beaucoup dans des endroits comme ça. Ils font des minichirurgies, des accouchements, de l’urgence, ils développent des spécialités, etc. C’est cette vision complète de la médecine qui m’intéresse. »

Une fois qu’il aura terminé sa résidence, en juillet 2012, Mathieu Gaudet souhaiterait voyager et participer à des missions de coopération internationale pour pratiquer ce genre de médecine. Par la suite toutefois, il aimerait se trouver un petit coin au Québec où s’établir. « J’aimerais éventuellement m’installer dans une communauté où je pourrais avoir mon bureau de médecin, mais aussi travailler dans un conservatoire ou une faculté de musique. Ce sera la musique qui décidera où j’irai! »

L’éternel triangle amoureux a donc de bonnes chances de perdurer. D’ailleurs, tout en s’investissant dans son boulot à l’Hôpital de Verdun, un milieu de résidence de rêve pour lui qui aime la pratique variée, Mathieu Gaudet prépare le récital qu’il donnera en février à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Il s’apprête aussi à enregistrer son deuxième album, consacré à Schumann, dont la sortie est prévue pour 2011.

Site personnel de Mathieu Gaudet ›››

Commentaires

  1. Bonjour Mathieu Gaudet!

    Je suis une jeune étudiante âgée de 25 ans et je demeure à Verdun depuis deux ans. Ceci étant dit, je n’ai pas de médecin de famille depuis trop longtemps. C’est ma belle-mère qui m’a envoyé l’annonce de votre profil, que je trouve très pertinente, étant moi-même une amateure de musique. Malheureusement, de nos jours, il est extrêmement difficile de trouver un bon médecin de famille et je crois fermement que vous seriez mon médecin idéal. Croyez-vous que cela sera possible?

    Cordialement,

    Véronique Daigneault

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