Mon expérience béninoise

22 septembre 2010

Catherine Brouillette-Chouinard est étudiante en 1ère année au Campus de l’Université de Montréal en Mauricie.

En juillet 2010, peu de temps après avoir terminé mon année préparatoire en médecine, je me suis envolée pour le Bénin, un petit pays de l’Afrique de l’Ouest, afin d’y effectuer un stage d’initiation à la coopération internationale. Ce projet, appelé Initiative Bénin et mis sur pied par IFMSA-Québec et Syto-Bénin, en était un d’observation en milieu hospitalier. Durant quatre semaines, j’ai donc eu la chance de travailler au Centre Hospitalier Départemental Zou-Collines, à Abomey.

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Cet hôpital, bien plus grand que ce à quoi je m’attendais, regroupe un nombre important de départements. Durant mon séjour, j’ai pu visiter la pédiatrie, le bloc opératoire, la maternité, les hospitalisations de chirurgie et l’ORL. Plusieurs infirmiers et médecins ont généreusement offert leur temps pour m’expliquer comment se déroulent leurs journées, quelles sont leurs tâches, etc. et aussi pour me questionner par rapport à la façon dont ça se déroule ici au Canada. La plupart prenaient aussi soin de traduire en français les consultations avec les patients ne s’exprimant qu’en Fon, la langue parlée par la majorité des Béninois. J’ai donc pu apprendre beaucoup sur la médecine tropicale de cette façon.

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Cette expérience fut extrêmement enrichissante sur le plan médical, mais particulièrement sur le plan humain, car j’ai vraiment vécu la réalité du système de santé béninois. Le manque de ressources matérielles est frappant : on doit parfois retarder des césariennes ou d’autres opérations pour cause de manque de matériel stérile et on réutilise plusieurs fois gants, masques et filets portés au bloc opératoire. Et je ne parle pas ici des plus petits centres de santé où l’on doit parfois utiliser la même aiguille pour faire les points de suture de plusieurs patients. Qui plus est, j’ai souvent assisté à des chirurgies où les anesthésies n’étaient pas efficaces ou d’une durée insuffisante. Je me suis également fait expliquer par un infirmier qu’il y a plusieurs cas de troubles neurologiques chez les jeunes enfants car, lors de complications à la naissance, on tente de les réanimer sans avoir les capacités matérielles ni les connaissances adéquates pour bien le faire. Il est difficile de voir à quel point ces choses se produisent fréquemment et sont considérées comme normales là-bas, alors qu’ici on tient pour acquis qu’elles sont tout à fait inacceptables.

Qui plus est, il est plutôt mal vu au Bénin d’exprimer ses émotions en public, y compris la douleur. En effet, je n’ai pas souvent vu des patients se plaindre. Quand ils le faisaient, c’était parce qu’ils avaient si mal qu’ils ne pouvaient s’en empêcher. Cela est sans doute relié au fait que l’empathie n’est pas une qualité très courante chez les professionnels de la santé béninois. Il n’est pas rare de les voir se moquer des patients ou les disputer. Aussi étrange que cela puisse paraître, ils sont tout de même très gentils, c’est seulement la façon dont ils se sont fait former : soigner une maladie et non un patient. Cependant, il y a un vent de changement chez les plus jeunes, qui commencent à réaliser l’importance de traiter un patient en entier et non uniquement une maladie.

J’ai beaucoup apprécié de constater à quel point la famille est importance pour les Béninois ; effectivement, le CHD était en tout temps bondé de gens, le plus souvent des membres des familles des patients. Beaucoup d’entre eux y passent toute la journée pour accompagner leurs proches, certains y dormant même. J’ai trouvé touchant de voir à quel point les gens, malgré le fait qu’ils laissent peu paraître leurs sentiments, tiennent à leur famille.

À Abomey, j’ai été accueillie par une sympathique famille avec qui j’ai habité tout le long de mon séjour. Cela m’a permis de vivre telle une vraie Béninoise, du moins autant que possible, comme il était tout de même difficile de me fondre dans la masse étant donné la couleur de ma peau. J’ai vraiment apprécié cet aspect de mon voyage : manger leur nourriture (pâtes, igname pilé, akassa, poisson, etc.), partager leurs activités (principalement écouter des feuilletons), socialiser avec leurs amis, etc. Toutefois, j’ai du m’efforcer de m’intégrer car ils désiraient au départ me traiter comme une reine. Au Bénin, on traite ses invités aux petits oignons et on refuse qu’ils rendent un service. Et c’est pire encore quand il s’agit d’un étranger! Ils ont tellement à cœur notre bonheur lors de notre séjour chez eux. J’ai quand même réussi à m’intégrer et je me sentais tout à fait à ma place dans ma famille, comme une des leurs, ce qui a sans aucun doute grandement contribué à mon sentiment de satisfaction face à cette expérience.

Les gens du Bénin sont très curieux face aux étrangers et veulent tout savoir sur nous et notre pays d’origine. Ils nous approchent sans cesse, la plupart étant heureux de nous recevoir chez eux. Il est donc très facile de se faire des amis béninois avec qui on peut avoir de très intéressantes conversations sur leur pays et culture. J’ai d’ailleurs eu la chance de voyager durant les week-ends, ce qui m’a permis de découvrir le magnifique pays qu’est le Bénin. Il y a tellement de choses à faire! J’ai entre autre fait un safari dans le parc de la Pendjari, au nord du pays, qui est tout simplement splendide. J’ai également eu la chance d’assister à une cérémonie vaudou, le vaudou étant très présent au Bénin. Puis, j’ai pu marcher sur la route des esclaves, route que parcouraient auparavant les esclaves africains afin de se rendre à la mer et se faire envoyer en Amérique.

En conclusion, j’ai adoré mon voyage au Bénin. Cela m’a permis, en tant que future médecin, de prendre conscience de la réalité des soins de santé dans un pays en développement et, en tant que personne, de m’ouvrir sur un tout autre monde.