Vincent Dumez ou la révolution du patient partenaire

14 novembre 2009
Vincent Dumez est un véritable partenaire au sein de l'équipe professionnelle qui le suit.

Au début des années 80, Vincent Dumez apprend la mauvaise nouvelle : il a été contaminé par transfusion sanguine et est atteint du VIH et des trois types d’hépatite.

« J’avais 15 ans. Ma vie a basculé », résume-t-il. Mais, une fois le choc passé, que faire ? Vincent Dumez comprend que sa relation avec le monde médical occupera encore une part significative de sa vie et pour longtemps. « Cette constatation m’a obligé à remettre en question la relation médecin-patient. »

Il faut dire que ce questionnement était déjà bien amorcé puisque Vincent Dumez a commencé à fréquenter les établissements de santé à l’âge de… six mois. Hémophile, il devait régulièrement recevoir des injections de produits sanguins.

« L’hôpital remplissait un rôle de protection à mon égard en prenant le relais lorsque ma famille ne pouvait soulager ma douleur. L’hôpital devenait ni plus ni moins une extension de la maison », relate-t-il au cours d’un entretien récent, ajoutant que « c’est le cas pour de nombreux malades chroniques. Et il y a une dimension émotionnelle et symbolique rattachée à ce lien qui a été trop peu analysée. »

Il reste que cette symbiose avec le milieu médical a été drôlement mise à mal au moment de la catastrophe nationale qu’a été l’histoire du sang contaminé. À la fin des années 70 et pendant les années 80, les réserves de sang du pays ont été contaminées par quatre virus dont le VIH. La Commission d’enquête sur l’approvisionnement en sang au Canada a remis son rapport final en décembre 1997.

« L’enquête a démontré que les médecins ont attendu avant d’informer les patients infectés, signale Vincent Dumez, ce qui a suscité un immense sentiment de trahison. Par la suite, les patients ont dû construire un autre type de relation avec leur médecin. En fait, je dirais que l’affaire du sang contaminé a mis en lumière ce qui se joue dans cette relation et quels en sont les facteurs de réussite. »

Pour Vincent Dumez, la seule issue était de devenir un « patient partenaire », soit un membre à part entière de l’équipe soignante. Parmi les éléments indispensables de cette relation, on trouve la reconnaissance de la compétence du patient et le fait de posséder une connaissance intime de son corps et de sa maladie. Ensuite, la dimension affective de la relation avec le médecin doit être acceptée.

« Il est indéniable que pareille relation comporte une dimension émotive souvent difficile à assumer tant par le milieu médical que par les patients », mentionne Vincent Dumez.

Mais attention ! Le patient partenaire doit aussi assumer certaines responsabilités. En recevant des réponses (dans la mesure du possible) à ses questions, le patient sera mieux en mesure de prendre les décisions relatives à sa santé. Et, en toute logique, ce patient abandonnera le mythe du médecin tout-puissant. En d’autres termes, il donnera au médecin le droit à l’erreur en partageant avec lui la prise de risque notamment quant aux choix des traitements, de leurs effets et de leurs chances de succès.

Vincent Dumez a amplement eu le temps de réfléchir sur la problématique puisqu’il en a fait le thème de son mémoire de maîtrise en 1996 à HEC Montréal, sous la direction des professeurs Alain Chanlat et Omar Aktouf.

Il travaille actuellement chez Robichaud Conseil à titre de con-sultant en management en plus de « former » des patients atteints du VIH en leur montrant comment prendre leur situation en main. « Je leur rappelle leurs droits et leurs devoirs. »

Il accepte également de jouer le jeu du patient auprès de petits groupes d’étudiants de première et de troisième année en médecine, qui doivent poser un diag-nostic. « Il faut non seulement des connaissances, mais une capacité d’entrer en relation avec le patient et de recevoir ses émotions de manière à le mettre en confiance », indique M. Dumez en racontant à quel point il a été époustouflé lorsqu’un étudiant a établi le bon diagnostic en… 10 minutes, alliant intelligence d’esprit et intelligence émotionnelle combinées avec une inclination évidente pour ses semblables !