
La Faculté de médecine est engagée dans une refonte en profondeur de tous ses programmes « afin de s’assurer que le médecin répond aux besoins de la société ».
Non pas que la formation donnée jusqu’à présent était inadéquate, loin de là. Mais, en 2009, l’expertise médicale ne suffit plus.
Le médecin doit être un collaborateur, un communicateur, un promoteur de la santé, un gestionnaire, un professionnel et un érudit, résume la Dre Andrée Boucher, vice-doyenne à la pédagogie et au développement professionnel continu à la Faculté. Et lauréate de nombreux prix d’excellence en enseignement.
Ces nouveaux rôles sont issus du cadre de référence du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, auquel doivent désormais s’arrimer les facultés de médecine du pays. Chacune y va à son rythme, mais il ne fait aucun doute que la faculté de l’Université de Montréal est à l’avant-garde des changements. À l’UdeM, ces missions nouvellement définies sont davantage que des belles paroles : elles font partie de la formation et de l’évaluation des étudiants.
Atelier de formation
Au printemps dernier, plusieurs facultés et programmes en santé se sont unis pour organiser un atelier interfacultaire de formation destiné aux étudiants afin qu’ils se fassent une meilleure idée de ce qu’est la pratique collaborative ou le travail d’une équipe centrée sur les soins et les besoins de la personne.
Près de 800 étudiants ont participé aux activités de cette journée. Ils venaient de la Faculté de médecine mais aussi de celles de pharmacie et des sciences infirmières. Des étudiants en ergothérapie et en nutrition faisaient également partie du groupe.
À partir d’un cas clinique qu’ils avaient étudié auparavant, celui d’un patient diabétique qui a eu un accident cérébrovasculaire, les étudiants, toutes disciplines confondues et réunis en petits groupes, ont élaboré un plan d’intervention dit « interprofessionnel ».
« Ces étudiants de deuxième année ont pu prendre connaissance du rôle de chacun. Et c’est capital », rappelle la Dre Boucher. Il s’agissait d’une seconde activité interfacultaire puisqu’à l’automne l’Université avait rassemblé des centaines d’étudiants en formation interdisciplinaire.
Le débat reste ouvert pour ce qui est de savoir à quel moment de sa formation l’étudiant est le plus apte à tirer profit d’une telle activité de formation interfacultaire. Pour sa part, la Dre Boucher estime qu’une sensibilisation précoce est essentielle. La deuxième année d’études, avant le début des stages, lui semble appropriée pour une initiation, mais l’expérience récente a révélé qu’il faut pouvoir s’adapter au niveau de connaissances des étudiants.
La suite de cette formation à la collaboration interprofessionnelle se déroulera dans les milieux cliniques. Et, progressivement, plusieurs équipes de professionnels se préparent à accueillir les stagiaires de différentes spécialités dans des activités intégrées. La pratique clinique se transforme et les programmes de formation doivent refléter cette réalité.
Cette approche clinique, axée sur les besoins de l’individu, apparaît particulièrement importante dans tous les cas de maladie chronique.
« L’approche collaborative facilite la continuité des soins, par exemple à la suite d’un séjour à l’hôpital », mentionne la Dre Boucher. Ainsi, l’infirmière qui va visiter le patient à domicile pourra transmettre aux autres membres de l’équipe toute l’information relative au milieu de vie de la personne pour qu’on puisse adapter les soins et prodiguer le soutien nécessaire.
Évidemment, ces échanges entre les divers professionnels demandent du temps. Certains éléments sont indispensables au bon fonctionnement d’une équipe, dont la connaissance des rôles de chacun et surtout le respect mutuel.
« Les bonnes personnes apportent les bonnes réponses. Le nutritionniste s’occupe de l’aspect diététique du traitement, le médecin et le pharmacien voient à la médication et ainsi de suite. » Au bout du compte, le patient est gagnant.
La Dre Boucher parle en connaissance de cause : elle est la responsable médicale de l’équipe interprofessionnelle du cancer de la thyroïde au CHUM. Cette équipe fait partie des groupes mis sur pied depuis 2006 par le Programme de lutte contre le cancer du CHUM.
« Depuis que nous avons des réunions régulières, les membres de l’équipe sont convaincus que non seulement les soins sont administrés plus efficacement, mais surtout que les choix de traitement sont faits à partir d’un tableau global et beaucoup plus complet de la situation. En outre, nous apprenons beaucoup les uns des autres, ce qui est très bénéfique pour le patient. Nous discutons des problématiques des patients qui sont dans une situation plus complexe, que ce soit à cause du contexte social ou de la gravité de la maladie. Dans chaque cas, nous préparons un plan d’intervention pour l’individu concerné, nous nous fixons des objectifs clairs et nous déterminons qui sera responsable de chaque action. Le plus important est de garder en tête la perspective du patient. »
