
Des développements neuroscientifiques, inimaginables il y a à peine une décennie, redonnent aujourd’hui espoir à des patients atteints de dépression réfractaire, dont rien ni personne ne peut venir à bout.
Stimulation du nerf vague, stimulation cérébrale profonde, stimulation magnétique transcrânienne, voilà autant d’interventions sur lesquelles se penchent quelques psychiatres au pays, dont Paul Lespérance, qui dirige l’unité de neuromodulation psychiatrique du CHUM.
« Ces opérations ne sont envisagées que pour un très petit nombre de patients, soigneusement évalués par toute une équipe. Il reste qu’il y a une grande souffrance humaine chez certaines personnes et nous voulons les aider », soulignait le Dr Lespérance au cours d’un entretien récent. Il ajoute que ces traitements en sont encore au stade exploratoire et affichent des taux de succès variables.
Stimulation du nerf vague
Cette chirurgie a d’abord été réalisée sur des patients épileptiques dont l’état dépressif s’est amélioré, sans même parfois que l’épilepsie soit enrayée.
Elle consiste en la pose d’un générateur au-dessous du muscle pectoral, connecté à une électrode enroulée autour du nerf vague (situé à côté de la carotide), dans la région cervicale. Le générateur est programmé de manière à recevoir « des trains de stimulations » électriques, soit habituellement 20 hertz par seconde pendant 30 secondes, avec une pause de cinq minutes, 365 jours par année.
L’intervention est approuvée au Canada depuis 2001. « Nous sommes le seul programme canadien à la pratiquer pour le traitement de la dépression », explique le Dr Lespérance en précisant que deux patients ont été opérés tout récemment. Il compte, avec son équipe, effectuer 10 opérations par année. Le taux de réussite se situe entre 35 et 50 %, selon les études. Mais ces chiffres restent discutables.
En effet, dans plusieurs cas, indique-t-il, on choisit des patients en fin de parcours, relativement âgés et pour qui, évidemment, ni la médication ni la thérapie n’ont produit de résultats. Le Dr Lespérance croit, pour sa part, qu’il faut sélectionner des patients dont les dépressions sont causées surtout par des facteurs biologiques, car ils présentent les plus grandes chances de succès.
« Nous tentons de mettre en place une équipe de collaborateurs qui évaluent les patients et nous allons de l’avant seulement dans les cas où nous parvenons à un consensus. Nous faisons des tests sanguins, procédons à des épreuves biochimiques et neuroendocriniennes, en plus d’avoir recours à l’imagerie cérébrale fonctionnelle et anatomique. »
Stimulation magnétique transcrânienne
Cette intervention fait appel au principe d’un flux magnétique très fort qui produit de l’électricité dans le cerveau. L’énergie électrique dans une bobine induit un champ magnétique passant sans obstacle à travers la boite crânienne, lequel induit de nouveau un courant électrique à la surface du cortex cérébral.
Aucun effet secondaire n’a été détecté, mais cette méthode en est au stade de l’expérimentation notamment aux États-Unis, bien qu’elle soit acceptée par Santé Canada depuis 2001. Une étude récente multicentrique parue en décembre 2007 dans Biological Psychiatry a encore confirmé son utilité. Le traitement s’échelonne sur au moins deux semaines, tous les jours si possible ; il peut être donné en consultation externe et sans aucune anesthésie et ne dure que 20 minutes par séance.
Stimulation cérébrale profonde
Pareille opération a d’abord été faite sur des patients atteints de la maladie de Parkinson pour réduire les tremblements engendrés par les médicaments. Il s’agit de stimuler ou d’inhiber des régions cérébrales très petites, spécifiques à une fonction donnée, d’où le terme de « stimulation cérébrale profonde ». Pour cette intervention, deux implants liés à des générateurs sont placés dans le thorax et attachés à des fils qui montent derrière les oreilles et liés à leur tour à des électrodes insérées dans le cerveau.
Durant la chirurgie, le patient est éveillé afin de pouvoir guider le neurochirurgien dans son travail. Cependant, le voile est loin d’être entièrement levé sur les raisons qui font que cette opération soulage les patients atteints de dépression réfractaire.
Cette dernière intervention a aussi été pratiquée sur des patients atteints du syndrome de Gilles de la Tourette ou d’un trouble obsessionnel-compulsif avec un certain succès.
Et les effets secondaires ?
Question clé entre toutes que celle des effets secondaires. Ils varient naturellement selon les interventions et selon les patients. Les plus marqués semblent associés à la stimulation cérébrale profonde (hémorragie cérébrale rare et habituellement limitée mais au potentiel sérieux).
De toute manière, rappelle Paul Lespérance, il faut se garder de présenter ces nouvelles avenues comme des voies royales et incontournables. Mais n’empêche. Il suffit de lire les témoignages de personnes ayant retrouvé une certaine qualité de vie après de tels traitements – surtout en Europe, où les recherches sont plus avancées – pour réaliser qu’aucune possibilité ne doit être écartée.
Quand on lui demande pourquoi il s’est passionné pour ce volet avant-gardiste de la psychiatrie, Paul Lespérance répond d’abord par une boutade : « J’ai toujours aimé les bébelles. »
Plus sérieusement, il estime que les psychiatres ont le devoir de chercher à soulager les patients dont l’existence ne connait aucune amélioration.
Et puis, « la psychiatrie a aujourd’hui la maturité pour être une véritable discipline médicale, sur le même pied que les autres. »
