
La psychiatrie est actuellement confrontée à des défis d’une complexité inégalée. Malgré cela, ou peut-être en raison de cela, cette discipline est en pleine expansion, comme en témoigne la hausse constante des inscriptions étudiantes au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine.
« C’est une spécialité qui permet un contact privilégié avec le patient. Ne l’oublions pas, la qualité de la relation thérapeutique est la base primordiale de toute relation d’aide », rappelle le Dr Jean Hébert, directeur du Département. Et l’avènement des neurosciences n’a d’aucune manière changé cette primauté du contact humain.
Cela dit, il est clair que le regain d’intérêt pour la discipline n’est pas étranger à la bruyante arrivée des neurosciences dans le champ de la psychiatrie. Si leur entrée a, dans un premier temps, provoqué certaines réticences, elles sont aujourd’hui bien intégrées aux programmes d’études et personne ne songerait à remettre leur présence en question.
De nouvelles avenues, impensables il y a une décennie, s’ouvrent en effet dans la compréhension et le traitement des maladies mentales.

« Nos connaissances des troubles mentaux sont à présent plus étendues puisque nous avons accès aux sources génétiques, qui peuvent être d’un grand secours. Par exemple, nous pouvons agir à titre préventif avec les enfants dont un parent vit des troubles affectifs, note le Dr Hébert. Dans le cas de la schizophrénie, cette approche sera facilitée lorsque le gène de la maladie aura été découvert. Des « marqueurs de risque » pourront être désignés.
« Nous voyons aujourd’hui que la maladie n’est pas liée seulement au développement psychologique, mais également au développement du cerveau », résume le psychiatre. S’ensuit nécessairement un déplacement d’approche.
La dépression, toujours frappée d’ostracisme
Le Dr Hébert espère que les nouvelles découvertes entraineront une plus grande acceptation de la maladie mentale, car l’ostracisme continue de frapper les personnes atteintes de dépression. Le directeur du Département de psychiatrie vérifie cet état de choses tous les jours. Et même le milieu médical n’échappe pas à cet opprobre : récemment, nous a-t-il confié, un professionnel est revenu au travail après avoir « fait » une dépression. Constat : « Il s’est fait comme un vide autour de lui. »
Les médicaments pour traiter la maladie mentale évoluent aussi et l’espoir est permis puisque à présent il est possible de savoir dans quelle région du cerveau agit le médicament et de mieux en mesurer les effets.
Enfin, des psychiatres travaillent conjointement avec des neurochirurgiens sur des interventions chirurgicales inimaginables il y a 10 ans à peine et qui pourraient permettre de soulager certaines dépressions très sérieuses.
Une nouvelle grille de cours
La grille des cours des étudiants a donc été refaite afin afin d’intégrer les neurosciences. Et, phénomène inédit, un nombre croissant d’étudiants envisagent une carrière en recherche.
« De plus en plus, nous voyons des jeunes qui veulent faire de la recherche fondamentale ou appliquée. Ils planifient un fellowship de deux ans en recherche. Cela est nouveau et correspond en tous points à ce qu’on souhaitait », souligne le directeur de département.
Et ce dernier est tout sauf un gestionnaire enfermé dans son bureau. Depuis 18 ans, il est rattaché à l’Institut Philippe-Pinel, où il a 21 patients.
« Mes patients sont des patients psychiatriques résistants qui ne répondent plus à rien, ni à l’approche pharmocologique, ni aux autres traitements. »
Pourtant, cette clientèle « dont personne ne veut », le Dr Hébert l’a choisie et ne l’échangerait pas. Il salue au passage l’équipe avec laquelle il travaille. « Nous aimons ces patients, nous nous attachons à eux et, lorsqu’ils partent, ils laissent souvent un vide. »
