
« Je veux aider la recherche en cancer pédiatrique, comment puis-je faire ?
— C’est simple, constituez une fondation et créez une chaire de recherche.
— D’accord. »
SAVIEZ-VOUS QUE… ?
Depuis 1999, l’Université de Montréal a créé une quarantaine de chaires de recherche grâce au soutien financier de philanthropes, d’entreprises et de fondations. La Faculté de médecine détient à elle seule plus d’une trentaine de ces chaires philanthropiques.
La création des chaires philanthropiques est l’un des moyens que l’Université s’est donnés pour favoriser le développement de l’enseignement et de la recherche dans des secteurs d’excellence reconnus par les facultés. L’Université s’engage ainsi à assurer la pérennité de ces domaines de pointe. Les titulaires de ces chaires, nommés entre autre pour la qualité exceptionnelle de leurs travaux, sont professeurs réguliers à l’Université et jouissent d’un très grand prestige dans les milieux où ils sont actifs.
Les chaires philanthropiques portent habituellement le nom du donateur ou d’une personne désignée par ce dernier dans le but de souligner ce geste de générosité.
C’est après cet échange avec Émile Lévy, alors directeur de la recherche au CHU Sainte-Justine, que Francine Laplante prend l’engagement de réunir 1,5 M$ pour établir la Chaire François-Karl Viau en oncogénomique pédiatrique. Inaugurée en 2002, elle est la première et unique chaire de recherche au Canada en cancer pédiatrique. L’histoire commence en 1998, quand on diagnostique chez François-Karl, le fils de Francine Laplante et de Dominic Viau alors âgé de cinq ans, un cancer des ganglions lymphatiques. L’annonce s’accompagne d’une estimation des chances de guérison de 70 %. Toute la famille, et donc l’entreprise, est bouleversée par la maladie de l’enfant, mais s’organise. Ils seront près de 40 à l’hôpital le jour où les médecins expliquent la maladie de François-Karl. Pendant les deux années de traitement que devra subir le petit garçon, les veilles dans sa chambre sont savamment planifiées pour s’assurer d’une présence en tout temps à son chevet.
Pour respecter son engagement de rassembler une telle somme en trois ans, Francine Laplante a monté avec son beau-frère, François Chenail, et avec l’aide des membres de l’entreprise familiale Chenail Fruits et légumes – une PME chef de file dans le domaine de la vente en gros – la Fondation des gouverneurs de l’espoir. En septembre 2005, la totalité de l’argent est amassée. Tout le monde aura été mis à contribution autour du clan Laplante-Viau-Chenail. Tous auront aidé à organiser les soirées-bénéfice qui ont permis de récolter les fonds.
Parallèlement, l’entreprise continue à rouler. Le chiffre d’affaires passe de 6 à 83 M$ en cinq ans. Francine Laplante est la vice-présidente aux finances de la société. « On était en pleine expansion… Je dis toujours que la maladie de François-Karl nous a évité la faillite. Ça nous a remis les pieds sur terre. »
C’est le soutien de ce formidable réseau familial et social qui fait prendre conscience à Francine Laplante de sa chance. Elle se rend compte qu’à l’hôpital leur cas n’est pas ordinaire. Il est même extraordinaire. Elle est frappée par la misère de certaines familles, par la solitude des enfants malades. Dès 1998, elle décide d’agir à sa manière. L’ idée de collecter de l’argent au profit de Leucan se concrétise. Quelque 800 000 $ seront recueillis entre 1998 et 2002. Une somme déjà considérable. Puis, en 2002, l’idée lui vient de gérer complètement les dons reçus pour faire avancer une cause précise. « Comment peut-on guérir nos enfants ? Je veux qu’un jour on puisse dire aux parents que leur enfant a 100 % de chances de guérir. Et il faut aussi se préoccuper des effets secondaires, faire en sorte qu’il y en ait le moins possible. » Investir dans la recherche lui est donc apparu comme le choix à faire.
Un travail de fourmi
La fondation qu’a mise sur pied Francine Laplante ne compte aucun gros donateur. Tous les clients et fournisseurs de l’entreprise de fruits et légumes participent aux collectes de fonds. « Mon but est de conscientiser les gens. La quasi-totalité de nos donateurs n’ont jamais été au cégep. L’université, pour eux, c’est le summum. Et pourtant je leur dit : “C’est grâce à vous qu’on réussit à bâtir cette chaire !” »
La rencontre avec Daniel Sinnett, le titulaire de la Chaire, est déterminante. Excellent vulgarisateur, il explique ses recherches de pointe en oncogénomique pour que les gens s’approprient le message. « Ce n’est pas facile à vendre, la recherche fondamentale ! Et pourtant… » Francine Laplante elle-même fait passer ce message. « Notre but, et celui de Daniel Sinnett et de toute son équipe, est que chaque enfant qui entre au département d’hémato-oncologie ait son propre traitement. Le bagage génétique de votre enfant et celui du mien sont différents. Les enfants vont réagir différemment au même traitement. »
Une force de conviction
Francine Laplante est la dernière d’une famille de 12 enfants. Elle est la mère de 4 enfants. Seul François-Karl est son fils biologique. Louis-Thomas, Charles-Alexis et Rose, la petite dernière, sont des petits Haïtiens qu’elle et son mari ont adoptés. Les valeurs familiales sont ancrées en elle. À la question de savoir où elle puise toute son énergie, elle répond que c’est sans doute inné. Elle s’est rendu compte en chemin qu’elle possédait cette force de déplacer des montagnes pour les enfants malades. Car les projets se poursuivent. « Une fois terminé le financement de la Chaire, j’ai pensé m’arrêter, et puis François-Karl était guéri [il a été déclaré officiellement guéri le 1er février 2005, après deux ans de traitement et cinq ans de rémission]. Finalement, on s’est dit que la structure était en place, que tout était fait. Alors on a adopté un autre enfant et on a continué la Fondation ! » Aujourd’hui, c’est pour la recherche clinique que les fonds sont amassés. « La Fondation des gouverneurs de l’espoir s’engage à faire un don minimal de 500 000 $ par année, pendant trois ans, à la Fondation de l’Hôpital Saint-Justine afin de contribuer à la création d’un centre d’excellence en oncologie pédiatrique et soins palliatifs. »
L’engagement de Francine Laplante n’est pas seulement financier : elle se rend au CHU Sainte-Justine presque tous les jours, au chevet d’enfants malades et de leur famille pour leur venir en aide. Elle dit que la maladie de son fils a changé sa vie. Elle lui a en tout cas donné une énergie incroyable pour aller de l’avant.
