Quand les études mènent au bout du monde

1 juin 2006
Myriam Fontaine

Travailler dans un dispensaire de brousse au Kenya, ça ne change pas le monde, mais « une telle expérience nous ouvre les yeux et nous donne une nouvelle sensibilité », dit Myriam Fontaine, étudiante de deuxième année en médecine qui a passé six semaines dans ce pays d’Afrique l’été dernier.

L’étudiante a pu effectuer son stage grâce au Comité d’action sociale et internationale (CASI), mis sur pied il y a 20 ans par des étudiants en médecine. Depuis son retour, Mme Fontaine assume la présidence du Comité. « Le CASI, c’est vraiment pour moi. Je m’y suis immédiatement sentie à l’aise et je m’identifie aux valeurs de solidarité et de protection de l’environnement qu’il défend », confie-t-elle en entrevue.

Si le Comité permet chaque année à 25 étudiants de faire un stage dans un pays en voie de développement, sa mission ne se limite pas à l’organisation de ces voyages. Le CASI se veut un lieu de sensibilisation locale. « Le CASI est un organisme étudiant qui pose des actions locales et internationales en vue de promouvoir la santé des populations défavorisées », peut-on lire sur le site de l’organisme.

Depuis quelques années, un volet « médecine et populations défavorisées » est inclus dans le cours d’introduction à la médecine clinique donné aux étudiants de première année. Ce volet de trois heures permet d’aborder diverses questions et d’entendre des témoignages de gens qui travaillent auprès de communautés moins favorisées que celles du Québec. Myriam Fontaine croit que le CASI n’est pas totalement étranger à cette sensibilisation.

Ce comité est donc très actif tout au long de l’année. Il gère le café de l’Association des étudiants et étudiantes en médecine, l’un des plus dynamiques du campus, L’intermed, logé au soussol du pavillon Roger-Gaudry. Vous n’y trouverez ni verres en styromousse, ni bouteilles d’eau – les clients sont invités à acheter des contenants qu’ils peuvent remplir eux-mêmes – et les sandwichs que vous achèterez ne seront recouverts d’aucune pellicule de plastique. Le café des étudiants en médecine vend des mouchoirs en tissu et des sacs recyclables. Et il a même installé un bac de vermicompostage.

« Pouvoir accomplir de petits gestes concrets revêt une grande importance pour moi, car nous ne nous contentons pas d’avoir des principes ou de grandes idées », souligne Myriam Fontaine en ajoutant : « Nous sommes un peu les granolas de médecine. »

Au début, seuls les futurs médecins pouvaient adhérer au CASI. Depuis quelques années, les étudiants des autres facultés y ont aussi accès de sorte que 50 % de ceux qui partent cette année sont issus d’autres unités.

C’est le cas notamment de Marie-Ève Lavoie, en études internationales, qui se trouvait derrière le comptoir de L’intermed lorsque nous sommes passés au café. Elle partira sous peu au Nicaragua, où elle aidera des paysans à développer l’écotourisme. La Bolivie, le Cameroun, le Mali, le Guatemala, le Népal, le Kenya et la Thaïlande sont les autres destinations de l’été 2006. Quand ils reviennent, les étudiants doivent présenter une conférence sur leur expérience et produire un rapport.

« L’Afrique plonge le visiteur dans une mer de dilemmes, mentionne pour sa part Mme Fontaine dans son document. Par exemple, quelles images utiliser pour témoigner ? Il est tentant d’aborder mon expérience en racontant les enfants rachitiques et le VIH faucheur de vies, mais les personnes que nous avons rencontrées méritent qu’on parle d’elles autrement, qu’on raconte leur vie en termes de bonheur, de courage, d’accueil. »

En effet, au-delà de l’expérience professionnelle, les étudiants sont invariablement confrontés au choc des cultures et aux préjugés des uns et des autres. « On pense changer le monde, mais c’est nous qui changeons », ajoute l’étudiante durant l’entrevue.

En travaillant dans un dispensaire de brousse, Myriam Fontaine a fait des consultations, posé des diagnostics, rédigé des prescriptions… sans oublier de se référer à ses ouvrages de médecine chaque fois qu’il le fallait. Elle était en compagnie d’un autre étudiant, Mathieu Gaudet. Un médecin d’expérience habitué au travail en Afrique encadrait le stage (les étudiants sont responsables de l’organisation de leur voyage, qui peut parfois être crédité).

Les stagiaires bénéficient d’un soutien financier : les profits de L’intermed permettent de verser 2000 $ à chaque voyageur. En retour, l’étudiant doit être actif au sein du CASI au cours de l’année suivante. Il doit notamment mettre sur pied deux activités de sensibilisation. Myriam Fontaine a organisé des conférences sur l’eau, sur Kyoto et sur le développement international.

Un observateur non averti pourrait se demander comment des étudiants en médecine, censés crouler sous le poids de leurs études, trouvent le temps de s’engager de la sorte.

« Il y a en médecine des gens très performants. Certains sont musiciens, d’autres athlètes. Et d’autres encore choisissent de donner du temps au CASI. Il s’agit d’être organisé », conclut Mme Fontaine en sortant de son sac son agenda électronique.