Le Dr Serge Carrière, « une personnalité de meneur »

1 juin 2006
Le Dr Serge Carrière

Le Dr Serge Carrière aurait préféré que le don planifié de 500 000 $ qu’il a fait à la Faculté en février dernier ne soit pas annoncé publiquement. Cependant, il avait toutes les raisons de donner l’exemple : le donateur est en effet président du Fonds de développement de la Faculté. « C’est un geste à nul autre comparable. La satisfaction est incroyable. Il est agréable de recevoir, mais donner pour une cause qu’on respecte, c’est un grand privilège », a-t-il confié au cours d’un entretien.

Il faut dire que le Dr Carrière porte un attachement profond à l’Université et plus précisément à la Faculté de médecine : « Je lui suis redevable de la carrière internationale que j’ai eu la chance de mener. » Le néphrologue a été doyen de la Faculté de 1989 à 1995, pour ensuite prendre une retraite qui a duré… une soirée ! « Ma retraite, ce fut un mercredi soir. »

En fait, tout au long de sa vie professionnelle, le Dr Carrière est toujours resté près de l’UdeM. Son histoire d’amour avec la Faculté a commencé dans les années 50 et elle dure encore. Encouragé par sa mère qui croyait aux vertus de l’éducation, Serge Carrière entre en médecine non pas tant par vocation que par… élimination. Le droit ne l’intéressait pas, la prêtrise non plus. Pourquoi pas la médecine ?

Il étudie en médecine interne et en néphrologie. Rapidement, témoigne le professeur Laurent Descarries, Serge Carrière se distingue des autres résidents de l’Hôpital Notre-Dame. « Lui et Alcide Chapdeleine, nous, les plus jeunes, les voyions comme des modèles. » L’opinion du Dr Descarries se renforce lorsqu’il arrive à Boston, où se trouvait déjà M. Carrière. « Il était extrêmement dynamique. Sou-vent, il venait nous chercher pour nous emmener voir telle ou telle chose, il voulait que nous sortions et profitions de notre séjour. J’ai toujours admiré son assurance, il sait ce qu’il faut faire, là où il faut aller. Ce n’est pas une personne inquiète, c’est un être rassurant. Il a une personnalité de meneur », commente Laurent Descarries. À son retour à Montréal, le Dr Carrière est affecté à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, où il travaillera jus-qu’en 1980. Cette année-là, il revient sur le campus et prend la direction du Département de physiologie. En 1986, il est nommé directeur du Département de médecine, poste qu’il occupe jusqu’en 1988.

À quoi sert la recherche ?

Avec le temps, le Dr Carrière, qui a quatre enfants et les deux pieds sur terre, en vient à s’intéresser à l’incidence de la recherche. En 1991, il contribue au démarrage de deux sociétés de capital de risque en médecine afin de permettre la mise sur pied d’entreprises issues de la recherche. Cette innovation a suscité certaines résistances. « C’était un peu contesté dans le monde universitaire », résume le Dr Carrière. Mais lui qui avait été membre de conseils de recherche pressentait que les organismes subventionnaires financeraient de plus en plus des travaux conduisant à des retombées dans la société. D’ailleurs, au fil des ans, il a acquis une précieuse expertise en matière de financement de la recherche. Il n’est pas exagéré de dire qu’il a été un pionnier de sa commercialisation.

Aujourd’hui, son expérience autant du monde universitaire que de l’entreprise fait du Dr Carrière la personne toute désignée pour présider le Fonds de développement de la Faculté de médecine.

« Avant que Jean L. Rouleau devienne doyen, je lui avais dit que s’il assumait cette fonction je l’aiderais. J’étais donc bien mal placé pour refuser, lorsqu’il me l’a offerte, la présidence du Fonds », avoue-t-il en souriant.

Également, Serge Carrière trouve naturel de contribuer au soutien des jeunes. « On m’a beaucoup appuyé, ici comme à l’Université Harvard, où un professeur m’avait pris sous son aile et procuré une bourse pour m’aider ainsi que ma famille [avec sa conjointe, ils avaient deux enfants à cette époque]. » Il se rappelle aussi qu’à d’autres moments l’aide au jeune médecin qu’il était n’est pas venue. Mais, bons ou mauvais, ses souvenirs le mènent à une seule et même conclusion : il faut soutenir les étudiants.

Une affaire de famille

Avant de faire un don planifié, le Dr Carrière a consulté les membres de sa famille, car ce type de don successoral peut avoir des répercussions sur l’héritage : « Ils ont accueilli l’idée de manière très positive et je considère que c’est un des plus beaux cadeaux qu’ils m’ont fait », souligne-t-il.

Auparavant, le Dr Carrière faisait un « petit don annuel de 1000 ou 2000 $ ». « De telles sommes ont un effet, mais il y a moyen de faire plus, me suis-je dit. Il ne faut pas oublier que la Faculté a d’énormes problèmes de financement. Nous ne voulons pas être un pays sous-développé mais au contraire surdéveloppé », ajoute-t-il.

Mais comment convainc-t-on des gens de donner ? Avant tout, le Dr Carrière tient à préciser qu’il n’appartient à aucun lobby. « Nous rencontrons des gens susceptibles de vouloir faire un don et, s’ils le souhaitent, nous leur fournissons de l’information sur les conséquences fiscales d’un éventuel don planifié. »

Mais le directeur du Fonds de développement de la Faculté voit plus loin. Il estime qu’il faut développer la philanthropie à l’étranger, notamment aux États-Unis, où, par exemple, des diplômés de l’UdeM peuvent donner. Le Dr Carrière y travaille avec trois autres personnes.

Le Dr Carrière siège à un certain nombre de conseils d’administration. Il préside le conseil du Fonds de découvertes médicales et celui de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC). « Je me rends toujours à l’IRIC à pied : 143 marches à l’aller et 143 marches au retour », indiquet-il en me raccompagnant à l’ascenseur avant de poursuivre à pied jusqu’à son bureau au pavillon Roger-Gaudry.