Julie Poulin s’attaque au sommeil des schizophrènes

10 décembre 2005
Julie Poulin recueille un nombre considérable de données, notamment en faisant une analyse quantifiée du signal électroencéphalographique.

« La médecine d’aujourd’hui, ce ne sont plus des connaissances qu’on empile les unes sur les autres. C’est un domaine dynamique qui évolue rapidement. Un médecin doit donc développer son esprit critique », affirme Julie Poulin, étudiante au programme médecine-recherche de la Faculté de médecine. Celui-ci permet à une trentaine d’étudiants de combiner le programme de médecine (M.D.) avec des études en recherche, soit une maîtrise (le profil M.D.-M. Sc.) ou un doctorat (le programme M.D.-Ph. D.). C’est cette dernière option qu’à choisie Mme Poulin, car elle peut ainsi continuer son doctorat en sciences biomédicales. Son cas n’est cependant pas unique. Ils sont en effet 10 cette année à être inscrits dans deux départements et à relever le défi qui consiste à conjuguer milieu clinique et études doctorales.

Pour Julie Poulin, médecine et recherche sont tout à fait complémentaires et les médecins titulaires d’un diplôme d’études des cycles supérieurs ne sont que mieux outillés pour exercer leur profession. « Ce qu’on apprend surtout en recherche, c’est que nos idées et nos impressions sont souvent fausses. Je crois qu’en milieu clinique, cela peut être la même chose. Les patients sont rarement tels que les décrivent les livres », indique la chercheuse.

Parcours atypique

Pour comprendre le choix de programme de Mme Poulin, il faut retourner dans le passé et observer son cheminement plutôt atypique. Après un baccalauréat en psychologie à l’Université Laval, elle a terminé une maîtrise à l’UdeM en sciences biomédicales. Alors qu’elle poursuivait ses études au doctorat, elle a reçu une réponse positive à sa demande d’admission au programme de médecine. Comme elle rêvait de devenir médecin, elle s’est trouvée devant un choix difficile. Son cœur n’arrivant pas à se faire une raison, elle a décidé d’associer les deux profils !

Elle alterne donc médecine et sciences biomédicales, profitant du trimestre d’été pour se consacrer entièrement à son projet de recherche. N’est-ce pas trop exigeant ? « Oui, c’est exigeant, mais c’est le moment où jamais d’apprendre à concilier recherche et consultation clinique, car ce sera plus difficile lorsque je serai médecin. J’aurai alors l’entière responsabilité de mes patients », répond la doctorante.

Mordue de recherche

La future Dre Poulin n’est pourtant pas tombée dans la mar-mite de la science lorsqu’elle était enfant. C’est durant ses études de premier cycle qu’elle a découvert l’univers scientifique, qui lui per-met à la fois de contenter sa curiosité et de cultiver sa créativité. « J’aime me poser des questions, analyser des données et établir des liens entre elles. J’aime apprendre et comprendre des choses », explique la chercheuse.

Menées sous la direction des psychiatres Roger Godbout et Emmanuel Stip, ses études doctorales portent sur le sommeil des personnes atteintes de schizophrénie, en particulier le sommeil paradoxal. La chercheuse étudie le phénomène de manière macroscopique (en déterminant les stades de sommeil) et microscopique (en faisant une analyse quantifiée du signal électroencéphalographique). Elle croit que les mécanismes du sommeil sont intimement liés à ceux, physiologiques, des troubles psychiatriques, notamment la schizophrénie, et elle tente de comprendre la physiopathologie de la schizophrénie par les mécanismes du sommeil.

Malgré ses stages d’externat, la doctorante parvient à faire avancer ses recherches et à présenter ses données dans des congrès internationaux. Après l’International Congress on Schizophrenia Research et celui de l’Associated Professional Sleep Societies, c’est pour Hawaii qu’elle s’envolera en décembre afin de participer au 44e congrès annuel de l’American College of Neuropsychopharmacology. Elle y présentera les résultats de ses travaux effectués en collaboration avec le Dr Daniel van Kamnen, de l’Université Colombia.