
Le médecin de demain ne devra pas seulement être compétent, il devra aussi soigner sa relation avec le patient. Cela vous semble une évidence ? Pas du tout. Emboîtant le pas au Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, la Faculté s’apprête à prendre un virage majeur sous le leadership des Dres Renée Roy, vice-doyenne adjointe aux études médicales postdoctorales, et Louise Samson, présidente désignée du Collège royal et professeure titulaire au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire. Désormais, on exigera des futurs médecins qu’ils sachent communiquer, qu’ils soient des promoteurs de la santé, qu’ils sachent gérer des ressources, qu’ils soient respectueux envers leurs patients. Bref, qu’au-delà des connaissances ils soient des professionnels complets. Et ces habiletés, qui ne sont pas innées, devront être dûment enseignées. Et évaluées.
Loin d’être attentiste, la Faculté de médecine a adopté « l’orientation compétences », confirme le vicedoyen aux études médicales de premier cycle, à la formation professionnelle continue et au développement de l’enseignement, le Dr Raymond Lalande.
En fait, dans quelques semaines, la Faculté lancera son nouveau centre d’excellence de l’enseignement, qui permettra le regroupement de plusieurs entités, notamment le bureau d’évaluation des étudiants, des professeurs et des prestations d’enseignement, le bureau de développement professionnel – qui organise des activités de formation – et l’unité de production du matériel didactique.
« Ce regroupement, qui est un décloisonnement, facilitera la réflexion sur les programmes de la Faculté. Car des compétences sont exigées qui ne sont pas dans les programmes à l’heure actuelle », note le Dr Lalande, profondément convaincu de la nécessité d’un changement.
« Les plaintes au Collège royal ne visent pas les connaissances, poursuit-il. À ce chapitre les gens sont satisfaits. Non, les plaintes ont trait à différents aspects du professionnalisme. Ce n’est pas banal et ce n’est pas à prendre à la légère. »
Pour sa part, la Dre Samson est totalement emballée par cette nouvelle approche et se dit « très fière » d’appartenir à la Faculté de médecine de l’UdeM, laquelle, signale-t-elle, est dans le peloton de tête des établissements tournés vers l’avenir.
La Dre Samson illustre ainsi son propos : « L’apprentissage du traitement de la pneumonie restera le même, mais le professeur ne se contentera pas d’insister sur le diagnostic et sur le traitement de la maladie. Il devra bien expliquer au patient ce qui se passe, travailler étroitement avec l’infirmière, adopter une attitude éthique dans la prescription de médicaments et gérer son temps de manière à accommoder son patient. »
« Ces nouvelles exigences seront traduites dans la formation et l’évaluation des étudiants. Un médecin qui devient chef de service devra être un bon gestionnaire et un médecin dont la spécialité exige de travailler en équipe devra démontrer des qualités en ce sens », ajoute la présidente désignée du Collège royal.
Un chirurgien mordu de pédagogie

Pour mener à bien ce changement, la Faculté de médecine pourra compter sur Bernard Charlin, un pilier de la recherche en éducation médicale. Le Dr Charlin, un chirurgien spécialiste du cancer de la tête et du cou, s’est découvert une passion pour la formation et l’évaluation. Comment mieux former le médecin de demain ? Que doit-il savoir et surtout comment le lui enseigner ? Le Dr Charlin n’a pas toutes les réponses, mais il est convaincu d’une chose, à savoir l’importance de la recherche en éducation médicale.
« Mes collègues et moi pensons que la pédagogie doit s’appuyer sur des travaux de recherche pour se développer. Et croyez-moi, la recherche en éducation médicale est très compétitive au Canada et aux États-Unis. »
Le Dr Charlin travaille d’ailleurs avec la Faculté des sciences de l’éducation, notamment avec le professeur Thierry Karsenti et le vice-doyen François Bowen. Avec ce dernier, il gère un programme de maîtrise en éducation de la santé visant à former des chercheurs en éducation de la santé.
Avec son équipe, le Dr Charlin a défini quatre thèmes de recherche pédagogique : le raisonnement clinique, l’apprentissage par simulations, les nouvelles technologies et l’apprentissage du professionnalisme.
« Aujourd’hui, nous attendons davantage du professionnel. La vision est plus large. Et la question de l’évaluation est cruciale », commente le directeur de la recherche en pédagogie à la Faculté de médecine.
Raisonnement clinique et imagerie médicale
Bernard Charlin planche sur les manières les plus efficaces d’assister celui qui éprouve de la difficulté à produire un raisonnement clinique dans le contexte d’incertitude qui caractérise la résolution de problèmes dans les sciences de la santé. « Poser un diagnostic aujourd’hui, c’est apprendre à gérer l’incertitude », résume le Dr Charlin.
Ce dernier multiplie les initiatives. Il a entre autres contribué à la mise sur pied d’un réseau de chercheurs intéressés par le raisonnement clinique. Les experts proviennent de plusieurs universités et disciplines.
Les outils de formation et de perfectionnement sont nombreux pour qui sait les utiliser à bon escient. L’apprentissage par simulations, notamment, constitue un volet de la recherche que personne ne peut négliger et qui suscite de grands espoirs. Mais encore là, un certain encadrement s’impose, selon le Dr Charlin : « En médecine, nous évoluons avec l’avancée des technologies. Mais si nous investissons temps et argent, nous devons être certains d’obtenir ce que nous voulons », prévient-il.
Bernard Charlin cite l’enseignement de la laparoscopie. L’étudiant procède aux gestes essentiels de l’opération sur des bancs de simulation et on lui attribue une note. Auparavant, en chirurgie, on laissait l’étudiant observer plusieurs cas et, graduellement, on le laissait accomplir une partie des gestes en l’accompagnant avant de le laisser seul. Cet enseignement comporte ses inconvénients et ses avantages et il faut être au fait des premiers et des seconds, souligne Bernard Charlin.
Mais les nouvelles technologies ont ouvert à la médecine des champs beaucoup plus vastes. Par exemple, l’étudiant peut attentivement regarder la radiographie d’un poumon et cliquer sur la partie de l’organe sur laquelle il veut poser un diagnostic. Il pourra ainsi confronter son analyse avec celle de 10 experts.
Le secteur de la formation continue de la Faculté, dirigé par le Dr Robert Thivierge, vicedoyen adjoint, voit là de grandes possibilités, à une époque où les médecins sont devenus des gens très occupés. Mais Internet permet aussi aux médecins de trouver l’information recherchée au moment où ils en ont besoin.
Un médecin qui s’interroge sur la meilleure manière de traiter la pression artérielle d’un patient dont le dossier signale d’autres complications peut avoir rapidement accès à des commentaires d’experts grâce à Internet.
Pour l’équipe du futur centre d’excellence de l’enseignement de la Faculté, l’avenir s’annonce certes changeant et de plus en plus complexe mais également rempli de défis et de promesses.
