L’Abitibi en hiver, la Mauricie en été : la formation en région pour les grands aventuriers

1 décembre 2005
La Dre Fabienne Grou est responsable de la formation en région pour le Département de médecine familiale.

Depuis plus de 20 ans, notre département de médecine familiale établit des milieux de stage en région pour permettre à ses résidents d’aller y parfaire leur formation en se familiarisant avec la médecine régionale, c’est-à-dire en touchant à tout, dans la plus grande autonomie et avec le meilleur système D. « Dans les régions, nos résidents apprennent à pratiquer une médecine qu’ils ne peuvent expérimenter dans les centres universitaires où ils ont toutes les spécialités à portée de main », affirme la Dre Fabienne Grou, professeure au Département et responsable de la formation en région pour son unité et pour l’ensemble des programmes de résidence en spécialités de base (chirurgie, médecine interne, obstétrique et gynécologie, pédiatrie, psychiatrie).

Stabiliser un patient pour permettre son transfert dans un grand centre, savoir présenter des cas au téléphone et en discuter avec un spécialiste, réagir dans un contexte d’urgence et d’éloignement sont les principaux objectifs pédagogiques de ces stages en régions éloignées. Évidemment, pour ceux qui ont la chance de se retrouver en Gaspésie au mois de juillet, le stage de deux mois sur les deux ans de formation en médecine familiale revêt encore plus d’attrait.

Selon la Dre Grou, bien qu’il soit obligatoire, le stage en région est, de loin, le stage préféré dans la formation de ses résidents. « Ils ne l’apprécient pas nécessairement parce qu’ils ont l’idée de s’installer en région, bien que ça les influence certainement. Ils aiment particulièrement le stage parce que les médecins en région touchent à une médecine plus complexe, dans un esprit de collaboration et de respect extraordinaire avec les spécialistes. »

SAVIEZ-VOUS QUE…

L’UMF d’Amos-La Sarre, inaugurée en septembre dernier, est la première unité de médecine familiale de notre faculté en région. Le Centre de formation médicale en Mauricie, qui accueille des cohortes d’une trentaine d’étudiants au programme de médecine, jumelé avec l’UMF récemment inaugurée, permettra aux candidats à la médecine familiale de faire la totalité de leur cursus universitaire en Mauricie. Un gain indéniable pour la population de la région.

Encouragés et soutenus financièrement par le gouvernement pour aller suivre une formation continue, les médecins de famille en région acquièrent des compétences particulières qui en font de précieux professeurs. « Ils sont d’excellents médecins, nous leur apprenons, dans des ateliers de développement professoral, à devenir d’excellents professeurs. »

La pénurie dans l’effectif médical et le roulement des professionnels qui s’en vont après quelques années en région sont certainement des défis majeurs. La Dre Grou se rappelle avec philosophie ce milieu de formation où une équipe de cinq médecins se partageaient la tâche conçue à l’origine pour huit médecins. « Il y avait parmi eux deux couples, dont l’un est revenu en ville et l’autre a eu un bébé. À la demande de ceux qui sont restés pour tenir le fort, on a pris une pause de six mois avant d’y envoyer des résidents. »

Malgré toutes les vertus de l’apprentissage en région, la formation des médecins de famille ne pourrait s’effectuer en totalité dans un centre qui n’a pas un débit suffisant dans des secteurs précis, par exemple pour ce qui est des accouchements. Pour les mêmes raisons qu’il est essentiel de permettre aux résidents de goûter à la médecine pratiquée en région, il est impératif que ceux-ci soient exposés au volume et à la variété des cas de la médecine universitaire. Le défi est de concilier le tout dans la formation pour y trouver le juste équilibre et d’avoir les capacités d’accueil nécessaires dans les milieux de formation.

C’est là tout l’enjeu lié aux nouvelles exigences du ministère de la Santé et des Services sociaux, qui veut augmenter significativement la formation des résidents en région afin de les encourager à s’y installer. D’ici 2010, les facultés de médecine devront instaurer des milieux de formation en régions éloignées pour qu’une plus grande part de la formation des résidents s’y effectue. « Il faut tenir compte des particularités de chaque spécialité pour faire les développements qui s’imposent et il faut nous adapter à la réalité de nos partenaires », précise notre grand manitou des régions.