Demain, le monde!

1 juin 2005

À deux semaines de son examen de certification, Éric Litvak ne semble pas particulièrement anxieux. Il rigole un peu et n’est franchement pas très à l’aise avec l’idée d’un article sur lui; il est surtout très étonné, en fait. Après un bac en physique, il a entamé des études de médecine qu’il est tout près de terminer. Il recevra à la fin de juin son diplôme d’études médicales post-doctorales avec une spécialisation en santé communautaire, l’un des champs médicaux les plus méconnus.

Pourquoi, cette trajectoire? « À cause de la possibilité d’avoir un impact au niveau de la société en général ». C’est entre autres par un stage à l’Organisation mondiale de la santé à Genève pendant ses premières années de formation (son premier contact avec cette branche de la médecine), que le choix s’est affermi: «Ça m’a permis de mieux connaître ce monde, qui s’est avéré correspondre à mes idéaux, mes objectifs et ma vision de la médecine ».

Détenteur d’une maîtrise en administration des services de santé après quatre mois de stage à la Régie Régionale de la Montérégie, il y a piloté le dossier de la planification stratégique. Il s’agit d’une réalisation professionnelle d’envergure, généralement confiée à des administrateurs beaucoup plus expérimentés. Il a d’ailleurs gagné en 2003 le prix Robert Wood Johnson du Collège canadien des directeurs de services de santé, décerné à l’étudiant de maîtrise susceptible d’apporter une contribution importante dans le domaine de la gestion des services de santé.

L’avalanche d’éloges qu’Éric provoque sur son passage, tant à propos de son exceptionnelle réussite académique, de ses qualités humaines que sur la justesse de son jugement, relève pratiquement de l’insolite : « Il est extrêmement rare que les gens soient aussi polyvalents », affirme Marie-France Raynault, directrice du département de médecine sociale et préventive et du programme de résidence en santé communautaire. « Il comprend et assimile vite, avec un grand un sens de l’éthique et un profond respect de la personne humaine. Il s’en demande beaucoup, prend les choses bien à coeur. Il est rigolo comme tout, en plus! » Spectaculairement performant selon tout le monde donc, Éric fut fortement sollicité par d’autres spécialités et a terminé sa maîtrise sur la liste d’honneur du doyen de la faculté des études supérieures. « Bien sûr, conclure dix ans d’études est une étape importante, mais il s’agit surtout d’une continuité… je baigne déjà depuis un certain temps dans l’environnement vers lequel mon travail s’achemine. ».

Au-delà de la promotion des bonnes habitudes de vie, de la prévention des maladies ou de la protection de la population contre les menaces, la santé communautaire est une philosophie, une manière de penser le développement humain pour offrir à tous les individus un environnement et des conditions de vie propices à leur santé et à leur bien-être. « C’est un peu comme si on avait encore un potentiel de santé inexploité… Avec le temps, on comprendra mieux qu’il y a des économies à faire à l’échelle globale et la santé communautaire recevra de plus en plus d’attention ».

Éric Litvak veut conserver une vue d’ensemble des champs d’intervention dans son domaine et jouer un rôle où il sera appelé à faire des choix et à arbitrer entre les priorités, à se prononcer sur les problèmes les plus importants et les meilleures façons de les résoudre. Il est également essentiel pour lui de connecter davantage son domaine d’action à la gestion de l’ensemble des autres soins et services de santé: « Je crois qu’en santé communautaire, nous avons des approches et des outils pour y contribuer en identifiant les besoins réels de la population et décider des interventions les plus efficaces. » Ses aspirations le portent comme naturellement vers l’idée d’éventuellement devenir un directeur de la santé publique.

Une impressionnante feuille de route pour ses 31 ans, des rêves plein la tête et beaucoup d’espoir, donc. Tant de réalisations déjà, et la flamme est toujours aussi vivante. Bien sûr, une très grande implication dans son travail, mais pas de l’ordre de l’abnégation : « Il y a tout le reste, j’essaie de garder l’équilibre entre toutes ces choses qui comptent pour moi, la famille, les amis, la création… » Éric est habité d’une énergie contagieuse; il compose et échantillonne également de la musique électronique (par pure satisfaction personnelle, dit-il), et voudrait à moyenne échéance, arriver à réaliser des courts-métrages « surtout pour le plaisir d’avoir des projets en création, de faire quelque chose de complètement différent pour faire le plein. » Doté d’une grande curiosité on s’en doute, doublée d’un charisme certain et de cette fougue intacte propre à la jeunesse, il est surtout habité du désir de faire du monde un endroit meilleur. Pas de doutes, il y arrivera, malgré les contingences de la vie et les remises en question inévitables inhérentes à ce trop-plein d’humanité.

Un regard d’une clarté étonnante doublé d’une espèce de calme qui rend les choses autour sensiblement différentes du seul fait de sa présence, quoi qu’il en dise, Litvak est un est modèle d’inspiration. Impossible de ne pas remarquer l’exceptionnel quand on l’a assis devant soi.